Iran : mission divine ?

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le 07/02/2010 à 13:09, vu - fois, - nombre de réactions
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Deux informations diffusées hier, 3 février, retiennent l’attention, en raison de leur provenance, de leur apparence conciliante et de leur simultanéité :

1) le président iranien Ahmadinejad déclarait contre toute attente qu’il « n’a aucun problème » à externaliser la production d’uranium hautement enrichi, contrairement à ce qu’il a toujours soutenu jusqu’alors, en même temps que l’Iran procédait au lancement d'une fusée spatiale Kavoshgar-3 ;

2) le Hamas, par la voix d’Ismaïl Hanyeh, se déclarait prêt à dialoguer avec la communauté internationale.  Il insistait toutefois sur son rôle de « victime » et sur la nécessité, selon lui, « qu’Israël doit nous reconnaître d’abord », se refusant toujours à admettre  pour sa part le droit à l’existence d’Israël.

Si Ahmadinejad peut tranquillement échanger de l’uranium pauvrement enrichi à 3,5% avec la Russie et la France, c’est qu’il a très probablement déjà les quantités à 20% qui lui sont nécessaires :

depuis qu’Abdel Qader Khan, “père de la bombe pakistanaise” a vendu les plans et les composants permettant à divers “Etats-voyous” de la réaliser à leur tour, que des centrifugeuses de dernière génération (livrées par la Chine) tournent “en cascade” et à grande vitesse à Natanz et dans de nouveaux sites, on sait que l’Iran a non seulement la capacité de produire de l’uranium militaire, mais encore qu’il l’a probablement déjà en quantité suffisante pour fabriquer plusieurs bombes : fin 2005, l’évaluation était de deux ans et demi pour que l’Iran devienne une puissance nucléaire.

Depuis la découverte du site clandestin de Qom, la menace d’une action militaire à l’encontre des installations nucléaires iraniennes est montée d’un cran. Le discours d’Ahmadinejad  vise à inverser la pression, le placer en victime en cas d’attaque alors qu’il fait tout pour gagner le temps qu’il lui faut pour mettre la dernière main à son programme nucléaire : réussir à miniaturiser suffisamment les éléments qui doivent tenir à l’intérieur d’une ogive.

Des experts considèrent désormais qu’il en est pratiquement au stade “japonais”, c’est à dire qu’il serait en possession de tous les éléments nécessaires, sauf peut être la miniaturisation permettant de placer la charge dans l’ogive de ses missiles, par ailleurs testés avec succès.

Il y a encore du chemin de la théorie à la pratique (assemblage, détonateurs, guidage, test en grandeur réelle), mais on peut considérer qu’il n’existe, du moins à ma connaissance, plus d’autre moyen de stopper le processus autrement que de manière coercitive.  Toutes les propositions de sanctions ont échoué depuis plus de six ans et n’ont été qu’un moyen pour le pouvoir iranien de jouer la montre.  L’opposition continuelle de la Chine et de la Russie à des sanctions s’explique très bien du fait qu’ils figurent au premier rang des fournisseurs...

La Syrie a servi de transit, s’étant elle-même déclarée intéressée d’acquérir cette technologie (le bombardement d’un site en septembre de l’année dernière n’est pas le fruit du hasard).

L’envoyé européen à Damas, Miguel Moratinos,  n’a pas jugé utile de commenter la phrase de Walid Al Mouallem, ministre des Affaires étrangères syrien, affirmant que «  la guerre sera portée dans les villes israéliennes en cas d’attaque ».  Lors de leurs entretiens, Bachar El Assad a déjà fait porter la responsabilité de la tension dans la région à Israël, venant apporter son soutien à la position iranienne.

 Pour sa part,  le Hamas insiste bien sur son « ouverture » et se place lui aussi en position victimaire, suivant de près Nasrallah qui déclarait il y a quelques semaines que le Hezbollah s’attendait à une attaque en provenance d’Israël.

Tout ce cinéma fait partie d’un même scénario où chacun se prépare à jouer son rôle, dans un contexte qui n’a hélas rien d’un film de Hollywood.

Une action concertée de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas, avec la Syrie pour base arrière, semble en effet plus que probable en cas d’attaque des sites iraniens et la préparation de l’opinion publique sous la bannière « victime » en fait partie.

Ce camouflage est d’autant plus nécessaire que les préparatifs vont bon train au Liban où le Hezbollah est le recipiendaire de matériel italien provenant des largesses de l’Iran.  Y figurent notamment des vedettes rapides destinées à transporter par mer des bombes des commandos du Hezbollah, entraînés par les gardiens de la révolution, pour des raids terroristes en profondeur dans le Nord d’Israël. Les trois fûts d’explosifs découverts sur les plages israéliennes viennent renforcer cette hypothèse.

Même si le général Graziano, le commandant italien des casques bleus de l’ONU au Liban, ne trouve rien à redire aux activités du Hezbollah dans sa zone, les écoutes de la NSA (National Security Agency – les autres « grandes oreilles » d’Obama) font état d’un plan de l’Iran pour lancer sur Israël des raids depuis plusieurs fronts, afin de soulager la pression contre son programme nucléaire et détourner l’attention.

Ces assauts sur trois fronts, téléguidés par les sbires de Khamenei, ont pour but de permettre à ce dernier de parachever son programme nucléaire “civil”...  Une manière de paralyser toute velléité de l’Etat hébreu d’entreprendre une attaque préventive ?  Peut-être.  

Mais que reste-t-il comme solution si Berlusconi, Merkel et notre cher Sarkozy fustigent l’Iran des mollahs dans leur discours, demandent l’application de sanctions fortes par des résolutions, tout en continuant d’y assurer un partenariat économique ?  Quel crédit donner à leurs discours quand ils lorgnent en même temps sur le compteur de la balance des exportations ?

Les plus grandes parmi les entreprises européennes de construction, génie civil, énergie, électricité, tunnels, technologie spatiale, chantiers navals, collaborent encore avec Téhéran. L’Italie, avec pratiquement 3 mds de $ d’exportations se situe loin derrière l’Allemagne, premier partenaire européen des mollahs avec 5,25 mds de $ (données 2008), mais devant la France (avec 2,45 mds de $)...  À eux trois, ces pays de l’UE représentent presque 20% des importations iraniennes !

Dans leur persistence à faire passer Israël pour l’ignoble agresseur, de nombreux commentateurs, font le jeu d’une propagande, il faut l’admettre, bien menée.

Toujours prompts à voir « un revirement spectaculaire » là  où il n’y a que les écrans de fumée ils passent à côté des points essentiels. Ceux qui font voler en éclats le montage qui consiste à faire passer l’Iran, le Hezbollah, le Hamas et la Syrie pour des « victimes ».

Si elle devait gober leur bluff, la planète doit alors s’apprêter à ce que toute la région s’équipe de l’arme nucléaire (après l’Iran, Abu Dhabi, ce serait le tour des Saoudiens, Egyptiens, Jordaniens) et que le monde ne connaisse plus jamais une relative sécurité.

Il n’existe qu’une alternative à une frappe préemptive qui prenne soin de neutraliser Hezbollah, Syriens et Hamas sur le terrain et Russes et Chinois dans les chancelleries : le renversement du pouvoir en place par le “mouvement vert”.  Pour autant, cela ne présente pas une quelconque garantie que l’Iran renoncerait au nucléaire, mais simplement qu’il échapperait à un pouvoir se croyant investi d’une mission divine. 


F.M.

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