Baverez (Le Point) oublie que le pétrole n'est pas éternel !

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Par factsory
le 17/01/2010 à 11:37, vu - fois, - nombre de réactions
Info non vérifiée par la rédaction du Post.

Nicolas Baverez a publié le 14 janvier 2010 un édito se réjouissant de la censure par le conseil constitutionnel de la taxe carbone. Problème : en voulant critiquer il en fait trop et se trompe...

Selon Baverez, « la taxe carbone présente trois vices qui privent de portée le juste principe pollueur-payeur » et suit l'argument massue sur lequel Nicolas Baverez se plante allègrement : « alors que les émissions sont mondiales, la taxe est nationale. Elle n'aurait donc aucun impact positif sur l'environnement, et ce d'autant qu'elle est appliquée à l'économie la plus décarbonée du monde grâce à l'énergie nucléaire et hydraulique qui produisent 90 % de notre électricité. »

Une taxe nationale alors que les émissions sont mondiales

C'est tout à fait vrai que les émissions sont mondiales et que les émissions françaises de gaz carbonique n'en sont qu'une petite partie. Nous pourrions arguer qu'il faut bien montrer l'exemple et donc que quelques pays prennent cette décision avant tout le monde (comme l'a fait la Suède il y a plus de 10 ans). En fait la réalité est beaucoup plus pragmatique. Point de volonté de paraître pour un exemple ici. Le but est juste de se désintoxiquer des énergies fossiles que nous avons l'habitude de consommer quotidiennement (pétrole, charbon et gaz). Même si on n'utilise pas une voiture, le pétrole est partout : dans la nourriture via les engrais et les machine-outils qui ont permis la culture des plantes ; dans nos vêtements et nos ustensiles de tous les jours via le plastique et tous ses dérivés.

Mais alors pourquoi se désintoxiquer ? Le pétrole nous rend de bien utiles services, ça pourrait paraître absurde de vouloir s'en passer. Il y a deux raisons à cela : la combustion du pétrole dégage du CO2 qui est un gaz à effet de serre, causant le réchauffement climatique ; on va prochainement manquer de pétrole. Le premier point ne nous intéresse pas dans le contexte de la taxe carbone, il s'agit d'un problème global alors que la taxe carbone est une solution locale (même s'il peut s'agir du choix français pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, comme elle s'y est engagée). En revanche le second point nous intéresse particulièrement au niveau local. Pourquoi allons-nous manquer de pétrole ? Parce que sa consommation croît. De grands pays (comme la Chine et l'Inde) en consomment de plus en plus. En 2009, le nombre de voitures et camions vendu à crû de 49% en Chine ! D'un autre côté les réserves de pétrole ne sont pas infinies, de nombreux pays voient déjà leur production décroître. Le pic de production mondial de pétrole est imminent. Peut-être l'a-t-on déjà passé, ou alors on le passera dans les années à venir. Le fait de passer ce pic signifiera qu'après, la production n'arrivera pas à satisfaire la demande mondiale et les prix vont augmenter. À vrai dire, la hausse des prix est un scénario qu'on a déjà connu en 2008, ce qui fait dire à certains que le pic est passé. Le prix actuel du baril de pétrole est déjà revenu à son niveau de fin 2007 alors que nous sommes encore dans une crise et que le chomage reste très important ! Le fait que la crise ait été consécutive à cette hausse vertigineuse du prix du pétrole n'est probablement pas un hasard. Les prix de l'énergie augmentant ils ont impacté les prix des denrées alimentaires (souvenons-nous des émeutes de la faim début 2008), et autres denrées nécessitant du pétrole (à peu près toutes). Cette augmentation des prix a provoqué des problèmes de pouvoir d'achat, pas seulement en France. Aussi aux États-Unis, où l'essence est moins taxée et où les fluctuations du prix du pétrole se ressentent beaucoup plus sur le prix de l'essence. De nombreux ménages n'ont pas pu faire face à cette montée des prix et ont été dans l'incapacité de rembourser leurs prêts. Leurs maisons étaient alors mise en vente par les banques pour se rembourser. Le prix de l'immobilier a alors commencé à baisser, entraînant la crise des subprimes qu'on a connue. Voilà où nous a menée notre intoxication au pétrole (et à la financiarisation).

En instaurant une taxe carbone, augmentant avec le temps, on incite les gens à moins utiliser de pétrole et à se tourner le plus possible vers d'autres sources d'énergie. Voilà le vrai but de la taxe carbone, dont les revenus sont reversés de manière égale (qu'on pollue peu ou beaucoup) aux ménages, la désintoxication !

La France, économie la plus décarbonée du monde

Ensuite Nicolas Baverez, nous signale que nous sommes l'économie la plus décarbonée du monde, cocorico ! On supposera que sa comparaison s'effectue avec un PIB équivalent, sinon la Somalie est bien plus décarbonée que nous. Malheureusement pour lui, c'est quand même faux. Par exemple la Suède et la Suisse font mieux que nous. La Suède ? Tiens... un pays qui a une taxe carbone et qui a pourtant un climat bien plus rigoureux que le notre, dégage moins de CO2 et a un PIB (si cher à M. Baverez) supérieur au notre. Alors la taxe carbone, pas si mauvaise que ça ?

L'électricité propre

Selon Nicolas Baverez notre électricité est produite à 90% (un peu plus même) à partir de nucléaire et d'hydraulique. C'est vrai, mais il y a aussi 3,1% de charbon, 3,0% de gaz et 1,4% fioul (source : facture EDF). Dans un précédent post, je remarquais que la production d'électricité émettait néanmoins 60 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère. Soit, à 17 euros la tonne de CO2, environ 1 milliard d'euros. Mais là où Nicolas Baverez se trompe complètement c'est qu'il n'était pas prévu de taxer l'électricité, dans le projet de taxe carbone du gouvernement ! Peu importe, donc, que l'électricité soit propre ou non !

Les propositions de Baverez

Nicolas Baverez ayant fait preuve de sa très large compétence sur le sujet il en profite pour formuler quelques propositions.

« Il faut renoncer à une taxe nationale sur le carbone pour se limiter à pénaliser les produits très polluants par une hausse de la TVA. »

C'est quoi un produit très polluant ? Le problème c'est que tout est question de dose. Si on n'utilise qu'un litre d'essence par an et par personne, ça ne devrait pas poser problème. Pour autant, allez demander aux bretons et vendéens, victimes du naufrage de l'Érika si le pétrole n'est pas « très polluant »... Par ailleurs, on notera que Nicolas Baverez ne parle plus de redistribuer les produits de la taxe (ce qui aurait été le cas avec la taxe carbone). Heureusement qu'il n'est pas au pouvoir, les moins riches souffriraient !

« Au plan européen, qui est le seul adapté, l'efficacité économique et la justice sociale commandent de privilégier le marché des quotas, qui assure l'unicité et la transparence des coûts mis à la charge des pollueurs. »

Ah... si l'efficacité économique et la justice sociale « commandent », alors il n'y a plus qu'à obéir. Un bon vieux marché des quotas, où la spéculation (si profitable, socialement, comme on a pu s'en rendre compte ces derniers temps) peut exercer ses droits, il n'y a que ça de vrai. Et une taxe aux frontières pour taxer les produits en fonction des efforts du pays dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, qu'en pense Baverez ?

« La priorité absolue de la France, compte tenu du délabrement de ses finances publiques, de son appareil productif et d'un corps social gangrené par le chômage, consiste à créer de l'activité et de l'emploi, et non pas à les dissuader à coups de taxes, de règlements. »

Pourquoi la France produit-elle peu si ce n'est à cause des délocalisations, uniquement permises grâce à un pétrole bon marché ? Il coûte moins cher de faire faire un aller-retour France-Chine à des marchandises plutôt que de les fabriquer sur place. Est-ce vraiment logique ? Je suis également assez étonné que Nicolas Baverez s'érige contre les « règlements ». Je pensais vraiment qu'avec la crise de la dérégulation que nous avons connue, il n'y aurait plus personne pour prôner ce genre de politique. C'est vrai qu'il est tellement plus sain de faire voyager des marchandises sur des milliers de kilomètres et exploiter des travailleurs, plutôt que de faire travailler des gens localement, dans de bonnes conditions... Pourquoi mettre des règlementations ?

« Les politiques publiques de l'énergie, des transports, du logement et de l'agriculture doivent être réorientées autour de stratégies de long terme privilégiant l'offre et l'innovation. »

Si des stratégies de long terme sont appliquées à ces secteurs-là, il va falloir prendre en compte la raréfaction des ressources fossiles. Ce qui signifie donc une politique d'économie d'énergie : isolation des batiments, plus de transports en commun, plus d'agriculture (locale) biologique. Bien entendu, une relocalisation de l'économie, pour arrêter ce gaspillage d'énergie qui consiste à faire visiter la planète à tout produit manufacturé. Tout ceci provoquera un renchérissement de certains (voire tous les) produits, et donc une perte de pouvoir d'achat ce qui conduira à un recentrement de la consommation sur les produits nécessaires. Afin que les pauvres ne soient pas obligés de se serrer la ceinture en raison de cette perte de pouvoir d'achat, il est indispensable de mieux partager les richesses et donc d'augmenter les impots. Alors Nicolas, chiche ?

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