Le 24 novembre,
suite à un article paru le jour-même dans
Libération, le Grand Journal de Canal+ recevait Anyss Arbib, Français d'origine marocaine qui était sur les Champs-Elysées mercredi dernier pour fêter la qualification de l'équipe de football d'Algérie pour la Coupe du monde 2010.
Il narra en plateau les propos qu'il avait tenus à Libération, à savoir que lui-même et d'autres personnes dénués de toute animosité furent frappés par des CRS et soumis à des gaz lacrymogènes sur les Champs-Elysées. En outre, « Dégage sale arabe ! » fut proféré à son encontre par un CRS.
Les chroniqueurs de Michel Denisot prirent part à la discussion avec Anyss Arbib. Le débat fut consensuel à l'exception d'un bémol politique de circonstance apporté par l'invitée du jour, Rachida Dati. Le délit de sale gueule et de racisme de la part de quelques uns des CRS présents semblait manifeste pour toutes les parties réunies autour de la table,
une conclusion assez semblable à celle de Nathanaël de Rincquesen
dans sa revue de presse de Télé-Matin le jour-même.
L'interview d'Anyss Arbib terminée, Michel Denisot donna aussitôt la parole à Jean-Michel Aphatie qui revint sur une séquence présentée la veille dans le Petit Journal de Yann Barthès. Cette séquence concernait des paroles prononcées par Jacques Chirac. Celui-ci doutait que l'homme présent à ses côtés quelques instants auparavant pouvait être natif de la région bordelaise étant donné son faciès maghrébin.
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> On peut le faire à la manière de Jean-Michel Aphatie :
« Ecoutez bien ce que dit Jean-Michel Aphatie. C'est très intéressant ! »
Jacques Chirac n'est pas raciste
On ne va pas dire ça
C'est idiot
Jean-Michel Aphatie venu désamorcer la bombinette lancée par son collègue la veille a parlé.
C'est dit. C'est indiscutable.
Le monde se décompose donc en racistes et non-racistes.
Le CRS est raciste. L'ex-Président Chirac ne l'est pas.
Certes, le président Chirac n'a pas frappé son interlocuteur. Il ne l'a pas traité de sale arabe, mais il s'est étonné qu'il puisse être Français vu son faciès, à tel point qu'il lui a demandé d'où il était natif, chose qu'il n'aurait pas faite si ce monsieur avait eu un faciès reconnu comme communément européen.
Il existerait donc un racisme modéré, un racisme somme toute acceptable ou tout au moins excusable, un racisme si peu conséquent qu'il ne l'est finalement plus.
Le racisme, le vrai, doit forcément se loger chez les brutes épaisses écervelées et ouvertement belliqueuses - du moins supposées telles- du genre CRS, sympathisants FN, supporters de foot... Le raciste devrait donc faire vœu de racisme, porté un badge « je suis raciste » ou faire partie de l'association des racistes de France ?
Le racisme n'existe pas chez les gens honorables ou honorés, ceux qui comme l'ancien Président n'ont effectivement pas pactisé avec le FN. Un ex-Président, ce n'est pas un raciste. Ca fait peut faire des gaffes parce que ça aime bien parler ou parce que c'est vieux, mais ce n'est pas raciste. Et puis, il n'y a pas de Président français raciste. On laisse ça à Berlusconi. Pas de ça chez nous. Quoique parfois, le bruit et l'odeur. Mais, bon, c'était avant. Et puis, il avait trop bu ce jour là. Et puis c'était une seule fois. Et puis, il a battu Le Pen en 2002. Et puis, il a une fille adoptive vietnamienne. Et puis, et puis, et puis, il y a pire maintenant. Besson et Hortefeux, ils sont pires, non ?
Une fois le billet d'humeur de Jean-Michel Aphatie passée, Yann Barthès entra en scène pour son Petit Journal.
Une séquence fut consacrée au fraîchement nommé premier Président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy. Comme il est courant au Petit Journal, la tête de Turc du jour eut droit à quelques propos sarcastiques concernant son physique et ses attributs vestimentaires. Ensuite, via un montage, Yann Barthès railla l'élocution de l'ancien premier ministre belge dont la langue natale est le néerlandais et qui comme la plupart des néerlandophones roule les R lorsqu'il s'exprime en langue française.
Le public rit, Jean-Michel Aphatie et Rachida Dati également.
Dans le cas présent. Il s'agit d'humour, de moquerie drôlatique.
Il n'y a donc pas lieu de penser qu'il s'agit d'un montage à caractère raciste ou tout au moins xénophobe. Non, il n'y avait pas d'arabe visé, ni d'insulte proférée, ni de coup donné.
Et puis, c'est un Belge et en France, on se moque des Belges. C'est comme ça. C'est pas raciste.
Mais là, on s'est surtout moqué d'un homme pour ce qu'il est, son physique, ses vêtements, sa langue et non pour ce qu'il a fait ou veut faire et dans le cas présent, Yann Barthès s'est égaré dans la même cour que celle où s'exprime le racisme et la xénophobie à moins qu'il fût vraiment dans cette dernière ?
Aurait-il utilisé le même procédé s'il s'était agi du Président algérien Bouteflika qui lui aussi n'a pas un physique dans la norme, qui lui aussi ne porte pas le costume tel un mannequin, qui lui aussi roule les R lorsqu'il s'exprime en français? Il ne l'aurait certainement pas fait parce qu'il aurait estimé que la méthode aurait pu être perçue comme raciste alors que pourtant elle aurait été semblable à celle utilisée pour l'ancien premier ministre belge.
Alors finalement, qui du CRS, de Jacques Chirac ou de Yann Barthès est raciste ?
> Tous ? Aucun des trois ? L'un plus que les autres ?
En guise de réponse et à l'heure du Grand Débat sur l'Identité Nationale, on pourrait imaginer les réponses que le CRS, Anyss Arbib, Jean-Michel Aphatie, Jacques Chirac et Yann Barthès pourraient apporter à la question posée par Eric Besson sur le site web www.debatidentitenationale.fr :
> Pour vous, qu'est-ce qu'être français ?





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