Une fois n’est pas coutume, nous commencerons ce samedi conneries avec mon lycée. Le comble pendant une rencontre parents- profs, c’est d’expliquer à des parents qu’on a mis une punition à leur enfant parce qu’il mâchait du chewing-gum… alors qu’eux-mêmes sont en train de ruminer en face de vous, de façon très distinguée et urbaine. Impayable, et pourtant j’ai le cas de figure chaque année.
Dans une copie, je lis ‘they haven’t got hobbits’. Ah OK. C’est vrai que les Hobbits sont assez difficiles à trouver de nos jours, contrairement aux ‘hobbies’. Dans une copie de maths sur les algorithmes, une collègue lit ‘la phase analysation’ hmmmm ça va chercher profond tout ça… Un autre lit la réponse ‘220’ au problème ‘sur 200 élèves, 90% sont reçus’… y’a du boulot!
Sur deux billets de rentrée, je peux quant à moi lire ‘problème de sommeils’ (des sommeils, vous notez, remarquez voilà qui peut avoir sa logique parce que l’élève en question a séché au moins 15 de mes cours… souvent à 17h, quel sommeil lourd), puis ‘permis de chasse’ (allez, c’est la fête). Chez une collègue, ce fut ‘parti acheter des sucettes’ qui enjoliva la page retard du carnet, et là je suppose que la démarche s’est faite chez le vendeur de glaces qui stationne en toute illégalité devant le lycée entre midi et deux, ruinant tous les efforts de diététique entrepris à la cantine, et faisant de toute évidence un fric assez extraordinaire.
Les sucettes en forme de cœur bien rouge, c’est le top de la mode dans mon bahut, les élèves débarquent en cours avec à 13h ou 14h, et il faut toujours râler. Je pense que le gars des glaces va se faire massacrer un jour par un prof à bout. On le retrouvera baignant dans son sang au milieu des cônes et des sucettes cœur, une équerre ou un massicot planté dans le dos.
La semaine fut riche également en stratégies de la part des élèves pour déplacer des cours ou des DS, histoire de finir plus tôt (là ils deviennent bizarrement très actifs); il y eut également pas mal de cas de sèche ‘parce qu’il y avait que trois heures de cours, Madame, on allait quand même pas venir’ (texto), qui ont le don de t’exaspérer au plus haut point, avec d’ailleurs au retour quelques ‘raison personnelle’ sur le carnet et certificats médicaux de complaisance de toute beauté, genre ‘bronchite’ (sur une journée donc, balèze la bronchite); et puis il y eut les ‘ben j’étais absent (une journée il y a deux semaines), alors y’a Marie et Damien qui ont oublié de me dire qu’il y avait devoir aujourd’hui’ ou encore ‘ben les verbes irréguliers je les avais appris avant les vacances mais je pensais pas qu’on continuait avec le début de la liste quand même, alors moi je m’en rappelle plus des premiers’. Amis de la mauvaise foi, bonjour…
Ma jeune collègue, elle, continue de se faire draguer par ses BTS. Quand elle dit ‘arrête ou tu vas encore sortir’, on lui répond ‘ben si je sors avec vous je veux bien…’ Ne vous en faites pas, dans ces cas-là elle sait gérer et reclaquer de façon assez sèche. De mon côté, j’ai moi aussi à faire face à quelques approches assez ‘hot’, mais je pense qu’on en reparlera cette semaine à l’occasion de la diffusion mardi soir de ‘Mourir d’aimer’ avec Muriel Robin sur France 2; l’occasion de faire un post fun après le débat ‘Prof-élèves, les couples interdits’…
Côté infos, je retiens de cette semaine l’une des déclarations de Raymond Domenech, métaphore absolument magnifique, pour parler de cette glorieuse victoire de l’équipe de France: ‘quand vous entrez à la fac, on ne vous demande pas si vous avez eu le Bac avec mention’. CQFD.
En Angleterre, des élèves ont voulu imiter la série Waterloo Road et ont bu de l’alcool de laboratoire. Du coup, scandale contre la BBC, comme si certains gamins avaient besoin de regarder une série pour se comporter comme des cons. Même chose en France avec l’histoire de ce collégien voulant venir en cours avec un fusil de chasse: tout de suite, ça a été la faute des méchants jeux vidéos. Je pense qu’on m’attendait au tournant pour que je réagisse sur cette affaire, mais je ne l’ai pas fait parce que je n’ai pas grand-chose à dire, sauf que je suis persuadée qu’un jour un vrai school shooting (série de billets sur mon blog – avril 2008) à l’américaine se produira en France, ce n’est qu’une question de temps.
En passant, j’aime bien la série Waterloo Road, que je trouve assez réaliste sur certains aspects de l’éducation à l’anglaise, puisque je l’ai vécue de l’intérieur quand j’étais assistante de langue. Je retiens de cette saison l’épisode dans lequel une nouvelle prof pas très autoritaire arrive dans ce collège en pleine ébullition, puisqu’une centaine de nouveaux élèves provenant d’un collège voisin tout juste fermé (gestion très libérale à l’anglaise oblige) viennent faire exploser les effectifs et surtout créer de nouvelles tensions. Les nouveaux élèves ont encore leurs anciens uniformes, d’une autre couleur, et sont donc repérables à des kilomètres… résultat, au lieu de l’intégration attendue: des insultes, puis des batailles rangées dans la cour. La jeune collègue découvre une équipe enseignante dans laquelle des rivalités et des tensions sont palpables, et dès son premier jour elle se fait insulter (‘crap teacher’), bousculer par les élèves, et remettre à sa place par son chef d’établissement qui lui suggère de changer de métier. Violent…
Bon week-end quand même ;)