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Délices du métro et autres plaisirs sous-terrains.

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Par ioudgine
le 09/11/2009 à 10:17, vu - fois, - nombre de réactions
Info d'un posteur invité par la rédaction Le Post.

Métro (image d'illustration).
Métro (image d'illustration).
© John-Francis Bourke/zefa/Corbis/John-Francis Bourke

Vous déambulez dans la rue, le délicieux mois de novembre s'engouffre sous vos vêtements, fait claquer vos dents et friser vos cheveux, vous vous sentez en adéquation avec cette nature qui ne vous aime pas. Il fait déjà nuit. Après avoir manqué vous faire renverser par un coursier à scooter, et avoir materné ce dernier d'un "attention mon bon ami, ne chutez pas dans votre précipitation!", vous vous engouffrez dans les entrailles du métro. Un vent violent agite vos frisottis alors que vous descendez les marches tout en évitant une charmante dame sans jambes qui vous met un journal dans les rotules en vous supplio-engueulant "argent madame!". Vous la dribblez en souriant et vous dirigez d'un pas léger vers les tourniquets, passage obligatoire pour pouvoir jouir du lieu magique qu'est le métro.

 

Vous n'êtes qu'allégresse à l'idée d'aller vous lover dans la chaleur de vos congénères. Vous arrivez sur le quai, quelle chance, il est blindé! L'affichage annonce le métro suivant dans 8 minutes, sans doute un mouvement social ou un corps déchiqueté sur les voies. Vous trépignez, ce n'est pas si souvent qu'on a la chance de bénéficier de retards dans les transports, finalement.

 

C'est la fin de journée vous aimeriez vous asseoir pour reposer vos jambes gonflées et feuilleter ce quotidien gratuit qui tâche vos doigts d'encre, mais un clodo est étalé sur les quelques sièges libres. Regardez le, comme il dort, on dirait un ange. Et cette odeur de vin de catégorie villageoise mêlée à ces effluves de gerbe vous rappellent cette soirée d'été durant laquelle vous avez perdu votre virginité.

 

À peine avez vous le temps de vous plonger dans vos souvenirs que le métro arrive! Vous êtes impatiente de constater si ce dernier est plein ou pas... Oui!! Il l'est. À tel point que vous n'êtes même pas certaine de pouvoir y grimper. Quel suspense!

 

Finalement, grâce à l'aide d'un groupe de lycéennes particulièrement virulentes, vous vous retrouvez éjectée à l'intérieur, écrasée entre le poteau central et un type douteux, à hauteur d'aisselles. Cette odeur de sueur est très sensuelle.. mmm promiscuité. Le métro démarre, le type douteux se colle à vous, vous vous sentez en sécurité, malgré cette main qui farfouille à l'intérieur de votre sac à main.

 

Hihi le pauvre, vous dites vous, il va avoir du mal à s'y retrouver avec le bazar qui traîne là-dedans. Alors vous vous retournez vers le pickpocket et vous excusez pour le chaos régnant dans votre sac de gonzesse. Il s'écarte, comme apeuré. Ohhh un timide!

 

Cependant, un autre gars le remplace dans votre dos et se met à coller ses parties génitales contre vos fesses, puis à se frotter au rythme des secousses du métro. Quel plaisir de se sentir désirée, c'est valorisant, ça regonfle le moral. Lui, ça lui gonfle son pantalon. Heureux hasard, le métro s'arrête dans un tunnel pendant quelques minutes, les lumières se coupent. Délices de la claustrophobie, votre relation devient plus intime, son souffle court et profond dans votre cou vous rassure, il est votre tuteur, à vous petite fleur de la ligne 9. La machine redémarre, trop vite... Alors que le métro arrive à Franklin Roosevelt, l'homme se détache de vous et part dans la foule, sans doute pour trouver une autre femme à qui se frotter. Peut-être plus jeune et désirable que vous. Il faut lutter contre votre jalousie et le laisser partir.

 

Malheureusement, station après station, le métro se vide, vous ne pouvez même plus sentir l'haleine de vos amis express pour jouer à deviner de quoi fut composé leur dernier repas. Vos amis express, ces gens que l'on apprend à aimer en quelques minutes... Se séparer de l'un ou de plusieurs d'entre eux à chaque station est un déchirement. À Trocadéro c'est carrément l'hécatombe, à tel point que vous pouvez désormais vous asseoir.

 

Oh des rappeurs roumains! Vous espérez qu'ils revisiteront Besame mucho, et en attendant, tapez dans vos mains sur Dragostea Din Te de O Zone. Mais eux non plus ne s'éternisent pas, ils empochent vos 20 euros et se tirent. C'est décidément un trajet assez morne, malgré la présence de cet obèse venu s'incarcérer sur le strapontin voisin du vôtre, vous permettant de faire corps avec la paroi du métro jusqu'à pouvoir suçoter ce chewing gum sec collé sur un graffiti indiquant le désir ardent d'un esprit créatif de niquer la maman d'un de ses camarades.

 

Puis vous entamez un brin de causette avec ce petit jeune venu vous accoster.

 

Bonjour jeune homme. Pardon? Vous souhaitez prendre possession de mon téléphone avec une pomme dessus? Vous aimez les pommes? Tenez, prenez-le donc, et faites gaffe parfois on croit qu'il charge mais en fait pas du tout, vous avez un chargeur?

 

Puis arrive enfin votre station, vous quittez la rame comme toujours à regret. Dernier frisson, juste avant la sortie, quelques hommes vêtus de vert vous réclament votre titre de transport. Vous fouillez dans votre sac et faites mine de ne pas le trouver, alors que vous sentez sous vos doigts ce passeport pour le bonheur. On vous dresse une prune que vous accueillez en bredouillant un merci ému, et ressortez, guillerette, sous la flotte automnale, rejoindre votre HP en souhaitant être déjà au trajet du lendemain.

Par ioudgine (- Encourager)
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Quand je vivais à Paris et que je recevais des provinciaux, j'avais tout le temps droit aux réflexions du genre "Quand on descend dans le métro on à l'impression de plonger dans une poubelle" ou bien "Vous les parisiens, vous vivez comme des rats : vous grouillez sous terre et dans la puanteur".
Moi, j'avais l'habitude, je ne m'en rendais pas compte.
Maintenant que j'habite dans le reste de la France, quand je monte à Paris et que je prends le métro, je ressens la même chose.
Et à voir la tête des parisiens dans leur métro, je me dis qu'il doit drôlement jouer sur leur humeur...
Ca c'est du vécu ma p'tit'dame!

J'adore... +1
Hahaha Ne changez rien c'est excellent + 1
Un zeste de poésie, un soupçon de cynisme, une larme d'ironie, un nuage d'humour, et une pincée de malice dans un bon gros bol de réalité...
Bravo, c'est un régal pour l'esprit !
+1

Me voilà rassuré d'être à la campagne... quoique... les tracteurs, les vaches, les chiens, les corbeaux, l'esprit de clocher...
Tout bonnement excellent... un style très plaisant... j'en redemande ! :-)

Bonne journée et bon courage à tous les galériens du RER de ce lundi de grève
Brillant billet, très juste et bien écrit, ça change !
Le problème de Paris c'est son étroitesse et la totale incapacité des pouvoirs public à moderniser et sécuriser les transports collectifs et les voies automobiles. Je ne connais aucune autre "grande ville" (tout est relatif, Paris restant une ville de taille modeste) dans laquelle le confort de vie est si faible dès qu'il s'agit de se déplacer. Et pas de bol : j'y vis.
"Brillant billet, très juste et bien écrit, ça change !" : ça change de Tian, Fred-Lille, FullHdReady et William Réjault, allez jusqu'au bout de votre pensée :)
En fait, ça vient du fait que le métro de Paris a été conçu au tout début du siècle dernier, époque où il y avait bcp moins d'utilisateurs, et surtout que les sous-sols parisiens sont un vrai gruyère (mais genre le gruyère avec plus de trous que de fromage : égouts, parkings, nappe phréatique, galeries, anciennes carrières...).
La ligne 14 a été un casse-tête à construire (finalement elle passe sous les métros et et au dessus des RER).
Moderniser le métro demanderait déjà de l'agrandir hors c'est impossible : impossible de faire des couloirs et stations larges et aérés, de mettre des escalators (les handicapés peuvent toujours rêver pour pouvoir un jour bénéficier d'ascenseurs dans toutes les stations) etc... pour la bonne raison qu'il n'y a pas la place !
Il faudrait concevoir un tout nouveau métro, plus profond et abandonner le réseau existant. Mais qui est prêt à payer pour un chantier d'une telle envergure ?
En attendant, on fait des rénovations à la Valérie Damidot (déco flashy et cache-merde sensée faire oublier que le métro parisien est décidément trop exigu pour être confortable).
Mais c'est tout à fait ça et tous les jours :)
Merci cela conforte mon idée de Paris ville de fou.
Aaaah! les délices de la méchanceté sur le web...
Un vrai bonheur!
C'est tellement bien écrit, décrit, qu'on croirait y être!

Bonne journée à ceux qui, après cette péripétie sont enfin arrivé devant la machine à café, et qui, comme moi trainent des pieds pour aller travailler... ;)
Ha! La poésie urbaine !

Et aujourd'hui, on devrait en avoir pour notre argent ...
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