Impossible d'ouvrir un magazine people sans y voir les aventures de Paris Hilton. Cette semaine dans Voici, mais aussi chez ses confrères, la
riche héritère est un phénomène
médiatique, qui perdure depuis quelques années. Je vous propose quelques réflexions à propos d'une icône qui, en général, ne fait réfléchir que les miroirs...
Tantôt mannequin, tantôt chanteuse ou actrice, elle est surtout connue pour son côté people, qui la mène à sortir dans les soirées où il faut être vu, à fréquenter les plages à la mode et à faire quelques frasques qui lui permettent de faire parler d’elle. Elle s’est vraiment fait connaître en participant avec Nicole Richie à l’émission de télé-réalité américaine The Simple Life, dans laquelle les deux jeunes femmes se confrontaient au quotidien et à la réalité de gens simples, les effets comiques provenant du fait que Nicole et Paris ne savent pas travailler ni faire fonctionner un micro-ondes. La première émission a eu lieu le 2 décembre 2003. Quand elle ne passe pas à la télévision dans son émission, Paris Hilton sort en discothèque, se fait bronzer à la plage, boit plus que de raison et va en prison parce qu’elle a roulé sans permis de conduire. Paris Hilton pourrait être considérée comme une mythologie du 21ème siècle, dans le sens où Roland Barthes considérait les mythes de la vie quotidienne comme pouvant dévoiler un sens, une réalité qui serait cachée, sous un naturel apparent. Pour Barthes, le mythe est un langage et il porte en lui un message qui, à la faveur de l’analyse, dévoile des pans de la société comme autant de symptômes.
Barbie, en vrai
Paris Hilton mange une glace ? Si la photo est belle, elle pourra avoir sa place dans l’un des magazines, voire être utilisée pour la couverture. Chaque matin, lorsque les vendeurs des agences photos font le tour des rédactions des différents magazines, ils présentent presque systématiquement les nouvelles images de Paris Hilton, qui ne peut, tout comme Britney, se déplacer sans avoir autour d’elle plusieurs dizaines de Paparazzis.
Cette jeune personne est devenue une icône médiatique, un véritable mythe, proche d’un personnage fiction. Si la vie de la jeune femme intéresse tant les médias, c’est en partie parce qu’elle a un physique qui ressemble à celui de la poupée Barbie, et qu’elle se comporte comme se comporterait une Barbie un peu folle et insouciante. Dès lors, si le côté poupée fait peut-être appel à l’enfance et à ses jouets, il est cependant ici question d’une poupée qui va dans la subversion et qui fait des bêtises, comme celles qu’une petite fille pourrait faire faire à sa poupée Barbie. On peut ici imaginer que la demoiselle attire également parce qu’elle brave les interdits, comme rouler sans permis.
Très photogénique, Paris Hilton est donc rès régulièrement en une des magazines people. Aimant s’exhiber, elle est souvent en maillot de bain au bord d’une plage, ce qui est idéal pour être photographiée. Avant tout, dans la presse people, Paris est un corps. Elle représente le corps idéal. Nous sommes loin du visage de Garbo ou encore de celui de l’acteur d’Harcourt décrit par Roland Barthes dans les mythologies. Point de visage ici mais un corps long et mince. Le plus souvent, la jeune femme est présentée comme étant également quelqu’un comme les autres, une personne à laquelle on peut essayer de ressembler. C’est le cas par exemple de ce numéro de Closer qui titre sur « Les 50 plus beaux corps de stars”, avec Paris, plein cadre.
Une vie de fiction
L’insouciance, la fête et les aventures amoureuses, la vie de Paris Hilton est présentée comme la vie d’un personnage de fiction, qui passerait son temps à s’amuser et dont on ne verrait jamais la banalité du quotidien. Cette semaine dans Voici, on explique que la jeune femme fonctionne comme un "chef de meute" avec ses amis, et qu'elle n'hésite pas à les "planter" dès qu'elle trouve des gens "plus en vue". A d'autres moments, Paris Hilton est présentée comme une jeune femme insouciante qui s’amuse beaucoup, au gré de ses aventures amoureuses. Un nouvel homme dans sa vie suffit à la faire apparaître en couverture de Public, Closer ou Voici.
Qu’elle sorte avec un homme ou avec un autre, il est toujours intéressant, pour les magazines people de montrer Paris avec un nouvel homme, ou même avec un nouveau sac (ce qui revient à peu près au même). Les tenues de Paris font aussi les beaux jours des médias : qu’elle apparaisse vêtue de dessous en dentelle et d’oreilles de lapin pour une soirée Halloween, et les images feront le tour du monde Un quotidien hors de tout quotidien, un réel hors du réel : il est apparemment rassurant de voir que Paris ne change pas. Son quotidien, c’est la plage et le shopping ?
Alors on pourra mettre en couverture que Paris est « toujours la même », et lui consacrer une page avec quelques photos : achat de vêtements, baignade et crèmes glacées. Le bonheur ici dévoilé est celui d’une forme de vie fantasmée, une vie de rêve, celle que l’on mène à peu près et idéalement lorsqu’on a 16 ans et qu’on part en vacances sans ses parents pour la première fois. Nous sommes au royaume de la futilité, devant une jeune femme qui semble totalement insouciante et heureuse de l’être. De fait, la vie de Paris Hilton permet d’inviter le lecteur à une forme d’évasion, ce qui est une fonction essentielle de la presse populaire.
Dans le fond, Paris Hilton incarne une promesse, et au fur et à mesure, la presse people contribue à faire d’elle un personnage, vivant des aventures improbables, ou du moins loin de la vie quotidienne des lecteurs. Paris ne travaille pas, elle semble s’amuser tout le temps et c’est comme si elle ne menait pas de vie en dehors de celle qu’elle mène sur papier glacé. Mythe du 21ème siècle par tout ce qu’elle symbolise, Paris Hilton est un « vrai personnage de fiction » : d’un peu de chair et de sang, elle existe réellement, mais elle contribue aussi à déréaliser elle-même son personnage. Elle est elle-même un concept marketing, elle est un produit qui se consomme.
Les malheurs de Paris, le bonheur des médias
Cependant, et comme dans tout récit médiatique, il y a une morale dans les histoires. Trop de fêtes, d’alcool et d’abus en général ont conduit la riche héritière en prison, ce qui n’a pas manqué de faire le bonheur des médias. Cette aventure fut, une fois encore, une véritable histoire à rebondissements, qui a pu être suivie pas à pas par les médias intéressés, comme si le feuilleton était concocté par l’héroïne elle-même, il n’y avait qu’à se servir…
Arrêtée en septembre 2006 pour conduite en état d’ivresse, Paris Hilton avait été condamnée à 36 mois de suspension de permis. Quelques mois après la condamnation pourtant, elle a été de nouveau arrêtée au volant d’une voiture, puis à nouveau un mois plus tard pour excès de vitesse. Le malheur s’abat pour une fois sur la riche héritière, ce qui n’est pas pour déplaire à toute la presse people qui en fait les gros titres : « Condamnée à 45 jours de prison ferme ! » titre alors Public, en essayant d’imaginer comment elle va faire, dans sa cellule, pour se maquiller avec un miroir de 10 cm ou encore ne pas utiliser le téléphone portable auquel elle est toujours accrochée.
Il ne s’agit pas non plus de prendre l’affaire trop au sérieux ! Il n’empêche que Paris en prison, c’est du lourd, alors on compte les jours avant que Paris n’aille faire pénitence. Tout est bon pour un petit papier et une petite image sur les maux de la belle que l’on voit pour une fois en mauvaise posture et sans le sourire. C’est ensuite dans les moindres détails que l’on a relayé l’emprisonnement de Paris Hilton. Lorsque Nicky Hilton rend visite à sa sœur emprisonnée et crie à l’injustice, c’est l’occasion d’une page qui montre la sœur ainsi qu’une image d’archive de l’emprisonnée». A sa sortie de prison à la fin du mois de juin 2007, Paris retrouve sa famille sous les flashs de dizaines de photographes, et elle promet qu’elle a changé, et qu’elle va désormais mettre sa « célébrité au service de la bonne cause », ce qui ne manque pas de faire sourire le rédacteur du magazine Public, qui se demande si ces bonnes résolutions ne seront pas vite effacées par une prochaine photo de la demoiselle sans culotte…
On le voit, le malheur d’un people comme Paris n’est pas un malheur très grave, ou du moins il n’est pas traité comme tel. Il est plutôt pris sur un ton humoristique, comme si Paris nous amusait bien, avec ses frasques. Voici est d’ailleurs dans le même ton que Public puisque dans son numéro du 2 juillet 2007, il titre sur Paris qui, en Prison, « a rencontré Dieu ». Le magazine fait des paris sur la prochaine vie de Paris : Se dirige-t-elle plutôt vers une vie tendance mère Thérésa ou plutôt Lady di ?
L’inconvénient, précise-t-on, c’est qu’« il n’y a pas de caviar au Darfour ». Dans son malheur, Paris Hilton amuse plus qu’elle n’attriste et on ne prend pas ses aventures au sérieux. Comment expliquer cela ? Tout simplement parce qu’il est difficile d’avoir pitié d’elle, et qu’en matière de rédemption, cette icône n’aurait que peu de crédibilité si elle habitait le costume de nonne, et que tous les magazines la préfère en maillot de bain à Hawaii, comme en témoignent des photos prises une semaine après sa sortie de prison et publiées dans Voici qui explique que, plutôt que les lépreux en Inde, Paris a décidé, « pour sa première mission humanitaire, de venir en aide aux surfeurs en détresse ».
Eh non, finalement, point de malheur chez les Hilton, que du bonheur en bleu, avec la mer sur un fond de ciel bleu… Beaucoup plus vendeur que les barreaux gris d’une prison. Le bonheur se lit en bleu.