Jayos est policier. Il s'exprime anonymement sur la Toile.
"J'avais besoin de vomir mes tripes. Exprimer les choses que je n'ose ou ne peux avouer à voix haute". C'est comme cela que Jayos explique ce qui l'a poussé à bloguer.

Ils sont nombreux comme lui, policiers et blogueurs, à raconter leur quotidien. Anecdotes relevées dans l’alcôve bien secrète du commissariat, récits d’interventions, grosses angoisses (comme dans ce post bouleversant), ils n’épargnent pas grand chose.
Ce déversement de vécu policier sur Internet n’est-il pas une faille dans la communication très maîtrisée du ministère de l’intérieur ? Ces bloguers dérangent-ils ?
Lepost a contacté trois de ces flics bloguers : Bénédicte Desforges de Police etc, Serge Reynaud de Police Histoires et Jayos des Lettres de mon flicard.
Etre anonyme ou ne pas l’être
Bloguer c’est une chose, mais dire que l’on blogue, c’est déjà plus compliqué. Bénédicte et Serge on commencé anonymement, avant de révéler leur véritable identité. Jayos lui ne veut surtout pas quitter son pseudonyme.
Bénédicte Desforges blogue en étant en disponibilité (équivalent du congé sans solde) :
"J’ai commencé à bloguer sous le pseudo Le Flic. Je suis sortie de l’anonymat quand mon livre de chroniques a été publié, je n’avais plus le choix. Au début j’ai eu un peu peur. J’ai fait pas mal de promotion pour le livre, on ne peut pas faire ce genre de choses sans autorisation de la hiérarchie. Mais on m'a fichu une paix royale!"
Serge Reynaud, lui est toujours en activité. Brigadier chef du côté de Marseille, il a 25 ans de métier:
"J’ai commencé sous le pseudo de "gabian". Puis je suis passé à un pseudo qui a moins l’air d’en être un, "Serge Reynaud".
Au début j’ai eu peur, et puis je me suis dit qu’il y avait des choses plus graves dans la vie que de se faire virer de la police.
J’ai avisé ma hiérarchie quinze jours avant la publication du livre de chroniques issue de mon blog. Je leur ai donné mon pseudo, montré mon blog et offert mon livre. Cela me paraissait une évidence de les prévenir."
Jayos: "Je compte garder l’anonymat : le fait d’être en activité m’expose à des sanctions. Mais je suis particulièrement discret. Mon blog est loin d'être connu, mes proches, mes collègues et ma hiérarchie directe ne sont pas au courant. Je suis conscient que si mes supérieurs cherchaient à savoir qui je suis, je ne pourrais pas garder l'anonymat bien longtemps."

Outrepasser le droit de réserve ou non?
Tous les policiers sont soumis au devoir de réserve. Un principe, assez opaque pour certains, qui les limite dans leurs prises de paroles sur leur métier.
Bénédicte Desforges : "Sur mon blog, je fais la distinction entre obligation de réserve et liberté d’opinion. Je peux dire que le taser n’est pas une bonne
chose, c’est mon opinion. Je ne pense pas outrepasser mon devoir donc on ne peut rien me reprocher."
Jayos : "Le devoir de réserve est beaucoup trop flou. En gros, je n'ai pas le droit de cracher dans la soupe ni de dire ce que je pense. J'ai conscience de me trouver dans mes écrits à la limite de cette obligation de réserve. Tantôt d'un côté, tantôt de l'autre et il est probable que cela puisse me valoir sanction. C'est un problème que je n'aurais pas si je n'étais pas en activité."
Serge Reynaud: "C’est vrai que dans certains paragraphes de mon livre je me suis franchement assis sur mon devoir de réserve! Je dis beaucoup de mal de la politique du chiffre. Si on nous pose la question on ne doit pas dire que l’on est contre. On doit rétorquer un truc du genre "veuillez vous adressez à ma hiérarchie".
Déranger la hiérarchie ou non?
Les blogs de policiers ne sont pas bien méchants. A part quelques pics de temps en temps, les bloggers restent très sages.
Bénédicte Desforges: "Ils n’ont jamais cherché à savoir qui j’étais et le livre a été bien accueilli. Malgré ce que j’y dénonce (notamment les suicides dans la police). Finalement, au lieu de déverser leur haine dans des forums informes et de se défouler sous des pseudos débiles, les flics devraient tous ouvrir des blogs. Mais le poulet est un animal frileux !"
"La seule chose qui m’inquiète c’est si je souhaite un jour retourner en activité. Je ne veux pas faire de procès d’intention, mais je me demande à quelle sauce je serais mangée. On risque de me faire payer mes propos!"
Serge Reynaud: "A la sortie du livre, le ministère de l’intérieur m’a contacté pour en avoir un exemplaire. J’ai eu peur, je m’attendais à un retour au lance-flamme ! En fait la rédaction de Civique (le journal interne du ministère) veut faire un article pour promouvoir mon livre. J'ai été assez surpris de cette réaction. Je ne m’y attendais pas du tout. Ils ne se sont pas arrêtés sur les quelques polémiques que je lance."