Aujourd'hui, c'est une source courageusement anonyme de l'Élysée qui s'y colle. Allons y pour une matinale volée de pierres jetée par « on » (c'est ici en version longue):
Rama Yade a des "difficultés à s'insérer dans une équipe, quelle qu'elle soit".
"Nicolas Sarkozy l'a retirée" du ministère des Affaires étrangères, où elle était secrétaire d'État aux Droits de l'Homme, "parce qu'elle ne se supportait plus avec (Bernard) Kouchner", le chef de la diplomatie, a-t-ON ajouté.
"Maintenant, c'est la bagarre avec Roselyne Bachelot", son actuelle ministre de tutelle, "il y a un moment donné où il faut travailler en équipe ou alors, ce n'est pas possible", a également affirmé la même source.
"C'est une affaire sérieuse, le gouvernement de la France, ce n'est pas une affaire de caprice !", a-t-ON ajouté.
Je ne sais qui se dissimule derrière le « ON » qui rapporte les propos présidentiels (voir explication plus bas). Le procédé finit cependant par achever de me convaincre que loin d'être un avatar du bonapartisme, l'actuel pouvoir est l'héritier du Concinisme triomphant. Le poison est remplacé par l'écho de presse, mais le processus d'élimination des courtisans en disgrâce reste le même.
Saluons aussi le courage de notre Premier ministre, l'homme qui sort de son silence pour participer à la lapidation médiatique. C'est bien simple, en deux jours et demi il s'est exprimé mille fois plus qu'en deux ans et demi de présence à Matignon. Humiliation publique de Rama Yade devant les députés de l'UMP, qui paraît-il n'en pouvaient plus de joie, et dans les colonnes du Monde, sur le grand thème du « Quand on est ministre on n'est pas dans l'opposition ».
Et on n'oubliera pas de citer le gang des tricoteuses de l'UMP, Nadine Morano en tête, Roselyne Bachelot en appui, qui participent à cette mise à mort politique, à cette lapidation médiatique, et qui ont l'air d'y prendre un plaisir à peine dissimulé.
Assistant à ce spectacle, on se demande combien la jeunesse, la beauté, l'intelligence, la couleur (oui, je le dis) de Rama Yade ont du déranger, insupporter, le coeur du choeur de la droite profonde. Face à cette exécution inéluctable, on devine l'incapacité chronique d'une bonne partie de la droite française à supporter la diversité sous toutes ses formes.
Qui peut croire que dans un tel contexte de haine organisée et médiatisée, Rama Yade puisse demeurer en fonction jusqu'aux élections régionales? Personne. Le débat sur le DIC, prévu prochainement au Sénat, et déclencheur de toute l'affaire devrait servir de prétexte au jet de la dernière pierre.
Et à qui va profiter le crime? A David Douillet évidemment, promu de fait ministre de la Jeunesse et des Sports depuis son élection de député. Avec lui la droite française va se retrouver comme elle s'aime. Tiens, puisque c'est la mode (merci le Canard Enchaîné) rappelons ce que ce bon géant écrivait sur les femmes en 1998, dans son livre « L'Arme du conquérant »:
"Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n'est pas quelque chose de naturel, de valorisant. Pour l'équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer."
"C'est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d'élever des enfants. Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n'est pas par hasard. De fait, cette femme-là, quand elle a une activité professionnelle externe, pour des raisons de choix ou de nécessité, elle ne peut plus jouer ce rôle d'accompagnement essentiel. (...) Je considère que ce noyau est déstructuré. Les fondements sur lesquels étaient bâtie l'humanité, l'éducation en particulier, sont en partie ébranlés".
Misogyne Douillet? Mais non... La preuve, il le dit lui même: "On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes !" ; et Douillet de préciser que les tapettes sont les « hommes qui ne s'assument pas ».
Et voilà, Rama Yade sera virée dans les jours qui viennent au profit d'un beauf qui n'est certes pas misogyne et homophobe, mais qui parlent comme les misogynes et les homophobes. Retour aux sources de la droite profonde?
Encore un mot sur Rama Yade, car c'est une chose que l'on ne vous dira nulle part. Au Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme, elle s'est efforcée, discrètement et efficacement de remettre l'adoption française internationale (naufragée par certains agents du lobby catho-réac qui a mis la main sur l'Agence Française de l'Adoption) sur les bons rails. C'était un travail utile, destiné à redonner de la dignité à tous ceux qui souhaitent adopter un enfant et qui sont trop souvent maltraités par l'AFA. Qu'elle en soit remerciée.
Edit de la rédaction du Post, ce jeudi, à 11h:
Comme l'ont expliqué les radios ce matin et comme le souligne également Daniel Schneidermann sur Arrêt sur images, ce "ON" cité par les journaux est bien Nicolas Sarkozy, qui a en fait reçu "un petit groupe de journalistes" mercredi, à l'Elysée.
Les journalistes reçus ont eu l'interdiction d'attribuer les citations à Sarkozy lui-même, assure Daniel Schneidermann. C'est pour cette raison qu'ils se réfugient derrière des formules du type: "un haut responsable".