Vous avez détesté Edvige, le fichier policier? Pas sûr que vous aimerez ses 2 petits frères...

Qui était visé?
Edvige (RIP): "individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public" ou "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat
politique, syndical ou économique", ou jouant un "rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif".
Ce qui faisait du monde, rappele
nouvelobs.com.
Edvige light: le premier fichier vise "les bandes, les hooligans et les groupuscules", le second, les "enquêtes administratives liées à la sécurité publique". Le côté fourre-tout d'Edvige est oublié pour laisser la place à
"des bases de données
spécifiques" a insisté
Brice Hortefeux.
Bug Brother fait remarquer que le fichier "enquête administrative" peut concerner les directeurs de centrale nucléaire...
comme les arbitres de pelote basque et les
éleveurs de lévriers!

Gaston et Spirou avant l'époque du fichier Edvige
D'où ça vient?
Edvige, même en version light: du fichier des RG, qu'il a bien fallu recaser quelque part, après la réorganisation des services secrets français. Les effectifs et les compétences des RG ont été divisés en deux:
une partie dans la lutte contre le
terrorisme, à la DCRI, et l'autre à la sous-direction
de l'information générale (SDIG). Reste le problème de la fiabilité des fichiers:
"Un fichier n'a de sens que s'il est
alimenté: les ex-RG ont toujours 80% des fiches à
remplir, mais ne sont plus que 60% des effectifs
précédents pour le faire!" affirme Yannick Danio, syndicaliste chez SGP-FO Police, sur
France Info.
Qu'est ce que ça répertorie?
Edvige: Pêle-mèle, un tas de mesures très critiquées. Le fichage des enfants dès 13 ans, l'origine ethnique, la sexualité des personnes... Levée de boucliers sur le Web, dans la communauté homosexuelle... qui aboutissent au retrait du projet.
Edvige light: on se concentre sur les "activité publiques" de personnalités (qui ne seront plus ajoutées automatiquement dans le fichier). Plus trace de l'origine ethnique, qui avait fait scandale, mais désormais de l'origine géographique,
ce qui ne fait pas plaisir au
CRAN. Pour Alain Bauer, criminologue proche de l'Elysée, sur
RMC: "l'origine géographique sera utilisée pour définir la bande de la Grande-Borne par exemple". Cela dit,
on conserve le fichage des mineurs
à partir de 13 ans (fichier antibandes) ou 16 ans
(enquête administrative) précise
RTL.
Le fichier sur les "bandes"
répertorie les gens... avant qu'ils ne soient
inquiétées de quoi que ce soit, fait remarquer
Rue89. Et pourtant, le président de la LICRA, Patrick Gaubert, s'estimait "satisfait" sur
RTL:
"les critères de fichage qui
gênaient dans Edvige ont disparu."
Ainsi, fait remarquer
PC INpact,
la liste des critères du
fichage pour le fichier anti-bandes est à la fois large et
floue:
- Informations ayant trait à l’état civil, à la nationalité et à la profession, adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ;
- Signes physiques particuliers et objectifs, photographies ;
- Titres d’identité ;
- Immatriculation des véhicules ;
- Informations patrimoniales ;
- Activités publiques, comportement et déplacements ;
- Agissements susceptibles de recevoir une qualification pénale ;
- Personnes entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec l’intéressé.
Pour compléter cette première base, on autorise aussi, si besoin, à renseigner les champs suivants:
- à des signes physiques particuliers et objectifs comme éléments de signalement des personnes ;
- à l’origine géographique ;
- à des activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales.
Et la police va conserver tout
ça 10 ans... si le fiché se tient à
carreau!

Ca va servir à quoi?
Edvige Light: Brice Hortefeux a vendu le premier des 2 fichiers en expliquants que ça visait à éviter les incidents de Poitiers, où ce qu'on appelle (facilement?) l'ultragauche avait saccagé le centre-ville. Or, signale le blog
Bug Brother,
la CNIL a donné son feu vert à ces
fichiers en mars dernier. Soit bien avant les incidents en question!
Pourront consulter les fichiers des
galonnés de la police ou des préfectures (pour les agents, il faudra une demande écrite), précise encore
PC INpact. Dans
Ouest-France, un avocat du barreau de Paris souligne que
"plus il y a
d'éléments scientifiques, moins l'enquête
repose sur la seule parole des témoins ou sur les
aveux".

Extrait de l'album de Spirou et Fantasio: QRN sur Bretzelburg
Qui contrôlera tout ça?
La CNIL! Qui a dit "amen" au fichier il y a 6 mois, dont les faibles moyens sont souvent décriés, et qui devra pondre chaque année un rapport sur l'utilisation du fichier.
Petite précision: il existe déjà une cinquantaine de fichiers policiers, dont la taille va croissant (
30 millions de personnes inscrites
dans le fichier Stic, rappelle
Ouest-France), et dont une partie n'a aucune existence légale...