Présenté à la Mostra de Venise dimanche, le dernier film documentaire de Michael Moore, Capitalism : A Love Story fait sensation à cause du sentiment que le système économique actuel, en pleine crise, n’a pas vocation à s’améliorer : « Le capitalisme, c’est le mal, et vous ne pouvez pas réguler le mal », prétend le réalisateur.
Mélangeant l’humour qui lui est propre avec des témoignages personnels tragiques, des images d’archive et des slogans publicitaires, Capitalism : A Love Story dresse un portrait impitoyable du système capitaliste, pour en arriver à la conclusion qu’il apporte aux riches encore plus d’aisance, et condamne des millions de gens à la pauvreté. « Vous devez l'éliminer et le remplacer par quelque chose de bien pour tout le monde, et ce quelque chose est la démocratie », explique Michael Moore.
Dans ce film documentaire de deux heures, les voyous sont dans l’esprit de Michael Moore les grands établissements bancaires et les fonds d’investissement (hedge funds) qui jouent l'argent investi dans des martingales hasardeuses comparables à celles dont les joueurs de casino sont habitués. Pendant ce temps, les grandes entreprises sont contraintes de licencier leur personnel par milliers à seule fin de revendiquer des bénéfices record.
Le réalisateur observe également la relation de proximité malencontreuse entre les banques, les hommes politiques et les agents du fisc américain, ce qui explique des mesures de sauvetage du système en crise uniquement au profit des financiers de Wall Street sans égard pour la majorité de la population. En incitant les futurs propriétaires à hypothéquer leur bien immobilier, les établissements de crédit ont créé les conditions d’une crise économique sans précédent, avec le chômage et le problème des sans-abri pour corollaire.
Michael Moore trouve même des prêtres pour affirmer que le capitalisme est antichrétien parce qu’il ne protège pas les pauvres gens. « En fait, il existe une loi qui dispose que le jeu est illégal, mais nous avons permis à Wall Street de le faire avec l'argent des gens pour le placer dans ces produits et dérivés complètement fous », fait valoir le cinéaste iconoclaste. À propos de ces as de la finance, « Ce dont ils ont besoin n’est pas juste une régulation. Nous devons nous organiser différemment afin que les finances et l'argent créées soutiennent l’activité et les entreprises ».
Devant ce triste spectacle, Michael Moore voit les prémices d'un mouvement populaire contre le capitalisme débridé, et pense que l’élection de Barack Obama est susceptible de le promouvoir. « La démocratie n'est pas un sport spectacle, c'est un événement participatif », estime-t-il au cours d’une conférence de presse à l’issue de la présentation de Capitalism : A Love Story. « Si nous n’y participons pas, elle cesse d'être une démocratie. C’est pourquoi Obama réussira ou échouera moins sur ce qu'il fait, mais sur ce que nous faisons pour le soutenir ».
Michael Moore met aussi les autres nations en garde en ce qui concerne le modèle éco-politique récent des États-Unis. Son film montre les ouvriers d’une verrerie à Chicago participant à un sit-in parce qu’ils sont licenciés sans ménagement et sans indemnités à cause d’une recommandation de la banque. Le film revient sur certains thèmes précédents du réalisateur, comme dans sa ville natale de Flint, où son père, ouvrier sur une chaîne de montage d’automobiles, a réussi à s’acheter une maison, une voiture, instruire ses enfants et percevoir une pension décente à la fin du compte.
Mais après la crise financière du 15 septembre 2008, rien de cela n’est plus possible. Demandant à une parlementaire spécialiste des affaires financières au Congrès des États-Unis où est passé l’argent des épargnants perdu par les banques, Michael Moore s’entend répondre : « Je ne sais pas » !
Source : Reuters.