Le juge d'instruction supprimé: la justice en péril?
Philippe Léger remettra ce mardi au chef de l’Etat son projet de réforme de la justice pénale. Ce rapport prévoit la suppression du juge d’instruction sans rendre pour autant indépendant le parquet. Après avoir fait main basse sur les médias, Nicolas Sarkozy est tout simplement en train de mettre en péril l’indépendance judiciaire…
La commission, créée à la demande de Nicolas Sarkozy en octobre 2008 et présidée par le haut magistrat Philippe Léger, a été au départ chargée de la réforme du code de procédure pénale et du code pénal. Trois mois plus tard, Nicolas Sarkozy, face à l’émoi suscité par l’affaire De Filippis, adjoint une nouvelle mission au comité Léger, celle de « travailler à la définition d’une procédure pénale modernisée et plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes ».
De nombreux magistrats avaient alors interprété cette directive comme une tentative de suppression du juge d’instruction. Force est de constater qu’ils avaient vu juste. Un mois plus tard, dans son discours devant la cour de Cassation, le chef de l’Etat formalise sa requête : il appelle de ses vœux la disparition du juge d’instruction et indique que, si d’aventure cette disposition n’était pas suivie, il passerait outre le comité de réflexion.
Deux membres de la commission, Matthieu Aron et Corinne Goetzmann, avaient alors démissionné, refusant de servir d’alibi à un Nicolas Sarkozy qui entendait leur dicter à l’avance les résultats du Rapport Léger. Corinne Goetzmann écrira dans une lettre adressée au président de la commission : « C’est parce que l’indépendance de la commission me semble durablement compromise, que la suspicion pèsera sur son objectivité et qu’elle a été dépouillée de sa légitimité, que je vous fais part (…) avec regrets de ma décision de ne plus participer à ses débats ».
Le rapport d’étape publié en mars 2009 et recommandant la suppression du juge d’instruction n’avait en conséquence surpris personne, et malgré les levées de boucliers et les débats occasionnés, le rapport final de la commission en est au final la copie quasiment conforme.
Un déséquilibre institutionnel
Le JDD, qui a révélé en avant-première les conclusions de ce rapport, indique que la suppression du juge d’instruction est bel et bien entérinée, par cette phrase sans appel : « Il cumule les fonctions d’un juge avec celles d’un enquêteur. En d’autres termes, il n’est pas totalement juge, et pas totalement enquêteur… »
Jusqu’à présent, c’est au juge d’instruction, un juge dit « du siège », non hiérarchisé et donc inamovible, que l’on confiait les affaires les plus sensibles. Alors certes, le juge d’instruction traitait moins de 5% de la somme annuelle des affaires pénales, mais se retrouvait souvent en charge des dossiers politico-médiatiques les plus délicats. Comme l’a dit le juge Van Ruymbeke, les précédentes réformes du gouvernement avaient déjà accru « les pouvoirs du parquet, avec pour principal objectif de réduire la sphère d’action du juge d’instruction. Le mouvement de balancier se poursuit…»
Christophe Régnard, président de l’Union syndicale des magistrats, affirme à juste titre que « depuis quinze ans, on essaye de tuer le juge d’instruction. On lui impute tous les travers de la magistrature, Outreau en ayant été le sommet », ajoutant que, sans juges d’instructions, il n’y a plus « de dossiers financiers ou de santé publique ». Comme il le dit lui-même, c’est d’un véritable choix de société dont il s’agit ici.
Désormais, il y aura un régime unique d’enquête dont les pouvoirs seront transmis intégralement aux procureurs. Tout le problème réside dans le fait que le parquet n’est pas indépendant : il reste soumis à sa hiérarchie d’une part (le ministère de la Justice), et d’autre part aux enquêtes menées par la police, qui agit elle aussi sous les ordres de son ministère.
En 1988, lorsque l’Italie avait acté la suppression du juge d’instruction, le parquet italien était devenu indépendant. C’est ce qui avait permis l’opération « mains propres » de 1992, aboutissant à la dissolution de deux partis majoritaires. En France, bon nombre de syndicats de la magistrature dont l’USM réclament donc logiquement qu’en contrepartie soit « coupé le lien ombilical entre le parquet et la chancellerie » : la garde des Sceaux ne pourrait alors plus faire pression sur les nominations, qui resteraient soumises à l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Mais au contraire, pour faire accepter la disparition du juge d’instruction, la commission Léger préconise la création d’un juge de l’enquête et des libertés (JEL), présenté comme le successeur du juge d’instruction. Le conseil national des Barreaux avait déjà dénoncé ce maquillage en mars dernier en affirmant qu’il s’agissait plutôt du « successeur du juge des libertés et de la détention (JLD) » et que les « garanties tenant à son statut (étaient) très nettement insuffisantes ».
Michelle Alliot-Marie, qui n’a pas vraiment eu droit de regard sur ce dossier, s’évertue à défendre ce projet de réforme pourtant totalement inique. Elle affirmait dernièrement que la suppression du juge d’instruction s’accompagnerait de « garanties supplémentaires pour les victimes et la défense », précisant au passage que faire disparaître une affaire dans la société française était aujourd’hui impossible – ce à quoi on serait tenté de lui opposer l’affaire Karachi et l’affaire des appartements de Neuilly, toujours classées sans suite.
Une réforme contraire au droit européen
Cette réforme est qui est plus contraire à l’Arrêt Medvedyev de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), qui avait déjà rappelé Nicolas Sarkozy à l’ordre en mai dernier en affirmant que le « le procureur de la République n’est pas une « autorité judiciaire » au sens que la jurisprudence de la Cour donne à cette notion (…) il lui manque en particulier l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif pour pouvoir être ainsi qualifié ».
Le conseil de l’Europe s’est lui aussi prononcé contre cette mesure en juin dernier. L’ancienne ministre allemande de la Justice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger a présenté un rapport sur les « allégations d’utilisation abusive du système judiciaire répressif, motivée par des considérations politiques, dans les Etats membres ». Le rapport déclare qu’il « convient de maintenir un juste équilibre entre le rôle des acteurs qui jouissent d’une pleine indépendance (juges, avocats de la défense) et celui du ministère public et de la police. Il est parfois également nécessaire de renforcer l’indépendance du parquet afin de garantir celle du système répressif en général et d’éviter toute ingérence motivée par des considérations politiques ».
Comme l’a bien formulé le journaliste Philippe Madelin, alors que « certains procureurs appliquent déjà à la lettre la réforme », l’indépendance de notre Justice est plus que jamais en danger. Envers et contre tous, Nicolas Sarkozy s’applique à faire voler en éclat la règle démocratique de la séparation des pouvoirs….
A lire sur LePost.fr:
- Suppression du juge d'instruction: qu'est-ce que ça va changer?
- Suppression du juge d'instruction: "Mettre en oeuvre la volonté du chef de l'Etat n'est pas le rôle de la commission"
A lire sur le web :
- Le Monde: Sarkozy engage la justice dans une refonte majeure
- Renaud Van Ruymbeke : "Une mise au pas du juge d’instruction"
- Le PS dénonce le rapport Léger
Si la justice passe entre les mains véreuses de Ninicola et MAM on imagine les injustices qui se défileront à l'infini d'un individu qui a de la haine pour la France et les français.
Français chantons ensemble la Marseillaise ensemble pour avoir des Frissons!
Le reste, ce sont des personnes qui ne font que se soulager sur un mur pour cracher leurs frustrations.
Ce qui me fait peur, ce n'est pas tant l'indépendance du parquet (rappelons le, le parquet est composé d'hommes et de femmes en chair et en os, qui ont la possibilité de dire "non", ce ne sont pas des machines à faire du chiffre).
Non, ce qui me fait peur, c'est l'application elle même de cette suppression.
Le procureur gère déjà les affaires courantes (ce qui fait un beau paquet d'affaire par an, voir par mois). Comment va t il prendre en charge ce nouveau travail, en plus des permanences et autres jugements auxquels il doit assister?
Quel travail va être donné aux enquêteurs (police ou gendarmerie), suite à cette suppression?
Que vont devenir les victimes suite à ce changement?
Les changements, on en a l'habitude, le Code Pénal a plus que doublé de volume depuis 1983 (et ce n'est pas un euphémisme), mais je trouve que les personnes mise en cause auront beaucoup plus de pouvoir face à la justice que la victime, qui elle devra de toute manière payer, même pour se défendre.
Maintenant, seul l'avenir me dira si mes craintes étaient fondées.
Merci de ne répondre que si vous connaissez le sujet.
Evitez les phrases du type : l'avocat en garde à vue c'est bien, si vous ne maitrisez pas le Code de Procédure Pénale.
Si la justice passe entre les mains véreuses de Ninicola et MAM on imagine les injustices qui se défileront à l'infini d'un individu qui a de la haine pour la France et les français.
"Christophe Régnard, président de l’Union syndicale des magistrats, affirme à juste titre que « depuis quinze ans, on essaye de tuer le juge d’instruction. On lui impute tous les travers de la magistrature, Outreau en ayant été le sommet », ajoutant que, sans juges d’instructions, il n’y a plus « de dossiers financiers ou de santé publique ». Comme il le dit lui-même, c’est d’un véritable choix de société dont il s’agit ici."
Depuis 1994 il y a eue 5 ans de gouvernement socialiste. Vous avez beau jeux de tapper une fois de plus Sarkosy. Il s'agit d'une rapport écrit par une comission, ne vous enflammer trop, tant qu'il n'y a pas de projet de loi clairment définis....
Bonne soirée !
Cordialement,
et en 2007 depuis l'avènement du petit caporal on va vers une dictature.
PINOCHER VA ETRE JALOUX!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
l'ANIMAL BAFOUE LES DROITS ELEMENTAIRES DES CITOYENS .
La supression du juges d'instruction est grave , pour nôtre "démocratie" étant donner que seuls les procureurs auront le pouvoir d"enquêter et qu'ils resteront hiérachiquement soumis au ministre de la justice.Les affairistes ;les politiques, les puissants vont jouirent d'une impunité totale, tandis que les simples citoyens continuront a être jugés impitoyablement ,sans aucune humanité et surtout sans indulgence pour le plus pauvre et le justiciable le plus fragile.
ww.memejusticepourtous.vox.com
Ces quelques principes frappés au coin des droits de l'homme et des libertés individuelles, c'est notre plus haute juridiction, le Tribunal fédéral, qui a eu l'occasion de les rappeler dans un arrêt…
http://enfaitetendroit.blog.24heures.ch/
De nombreux avocats accusaient déjà les juges d’instruction de se comporter comme des «procureurs bis» nimbés d’une auréole trompeuse d’impartialité. Si cette image s’est révélée souvent injuste, elle n’en présente pas moins quelques traits de vérité, à la manière des caricatures. L’important pour la défense est de pouvoir compter sur une instance supérieure et neutre qu’elle peut saisir à tout moment pour contester les décisions des nouveaux «procureurs enquêteurs».
Autre question essentielle: qui nomme ou élit les procureurs? Chaque canton dispose de son propre mode de désignation du procureur général. A Genève, c’est le peuple qui l’élit. Dans le canton de Vaud, il est nommé par le Conseil d’Etat. Néanmoins, même avec un tel mode de nomination par l’Exécutif, l’indépendance du pouvoir judiciaire ne semble guère mise à mal.
http://archives.tdg.ch/TG/TG/-/article-2009-06-237/achaque-pays-sa-methode
Vous parlez de contrôle et d'interpellation (aucun rapport avec le sujet si tant est que vous pouvez quand même interpeller quelqu'un en commission rogatoire) et en plus, vous oubliez le contrôle d'individu à la demande du Procureur dans des lieux où se seraient commis des infractions récemment (art 78-2 du CPP).
Justice indépendante du gouvernement, je dis bien indépendante
PS; je propose la création d'un goulag sur les terres lointaines et hostiles de Bretagne
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