Lu dans le journal: « Déambulant dans les rayons, sous les objectifs d'une batterie de caméras et les yeux d'une cohorte de journalistes, Luc Chatel interroge des mères de famille au chariot visiblement bien remplis. Toutes sont agréablement surprises et satisfaites de l'opération. Carton plein pour le ministre? Trop beau pour être vrai. «C'était vraiment le hasard», commentera Luc Chatel.
Un «hasard» qui interpelle alors des journalistes présents sur les lieux. La supercherie du supermarché est révélée ce mardi matin sur les ondes par France Inter. Ce qui apparaît comme une visite de routine ne serait en fait que pure mise en scène. L'une des mères de famille est une sympathisante UMP, assure la radio, venue de l'une des fédérations avoisinantes gonfler les rangées du supermarché quelque peu vide, à 11 heures du matin un 17 août. »
Ainsi le journal Libération rend-il compte de la visite du ministre de l'Education, Luc Chatel dans un supermarché du Val de Marne. Le ministre était venu vérifier que les « essentiels » de la rentrée, produits pas chers vantés par son ministère, convenaient au petit peuple.
Et Libération de rappeler qu'en 1990, un ministre du gouvernement Rocard, Olivier Stirn avait du démissionner parce qu'il avait bourré de figurants une salle où devaient se produire Fabius, Mauroy et autres illustres socialistes de l'époque et qu'il ne voulait pas que cela se produisit devant une salle quasi-vide. Étant l'un des trois journalistes de télévision l'époque à avoir couvert cette affaire et découvert le pot-aux-roses (qu'est-ce qu'on a ri!), je peux attester que cela avait accouché d'une quasi-affaire d'État et que dès le lendemain de la révélation de l'affaire, Stirn démissionnait. C'était une époque où l'on considérait que la politique était encore une chose sérieuse et qu'elle ne devait pas ressembler à une comédie rythmée par les coups de com' des uns et des autres.
Aujourd'hui, tout ça c'est fini. Luc Chatel, à l'instar de son maître à penser peut bidonner tranquille ses petits coups de com'. Il ne risque plus rien. Tout le monde s'en fout.
Et voilà comment un type ordinaire, pas vraiment brillant, pas vraiment formidable, qui ressemble à Jean-Louis Debré en moins drôle, déjà trois fois ministre (alors qu'en d'autres temps il n'aurait même pas été conseiller général), fait carrière dans la république moderne (pas celle de PMF). De l'image, de la com', de l'image, de la com', de l'image, de la com'...
Bilan de ces trois ans passés aux secrétariats d'État à la Consommation et au Tourisme, puis à l'Industrie et à la Consommation? De l'image et de la com', avec cette vidéo légendaire, en date de 2008, montrant le ministre chargé de faire en quelque sorte la police des prix, se mettre en colère (pas simulée hein!) contre la hausse des prix révélée par un journal.
A voir et revoir dans toutes les écoles de com' politique, au chapitre: «ce qu'il ne faut pas faire afin d'éviter de prendre les gens pour des neuneus (sauf en France, de plus en plus souvent, parce que dans ce pays, ça passe) ».
Note de Bruno Roger-Petit en date du 20 août 2008: à lire l'excellente enquête de Rue 89 sur cette étrange affaire (ICI), et à voir l'excellent reportage de France 2 sur cette même affaire.
Il fallait y penser! La fameuse dame en question est "conseillère municipale d'une mairie tenue par la droite", mais elle ne serait pas encartée à l'UMP. Ouf! Le ministre n'a pas besoin de démissionner!