A l'Elysée, c'est quasi-officiel, on considère l'élection présidentielle de 2012 comme une formalité. Le président sera réélu sans aucun problème et quel que soit l'adversaire qu'il devra affronter au second tour de cette élection.
Ayant enregistré les ralliements des Chasseurs français et du tirailleur vendéen, les stratèges électoraux élyséens sont persuadés d'être à la tête d'un petit capital de 35% des voix qu'il entendent conserver et faire fructifier en vue du premier tour de 2012. Et déjà, ils imaginent un candidat socialiste (et même deux pourquoi pas) désigné en dépit du bon sens à l'issue d'une guerre fratricide, miné de l'intérieur par les siens, décrié sur sa gauche par Mélenchon, volé dans son jardin par un Vert quelconque, pillé sur sa droite par Bayrou et renié par l'idiot utile du sarkozysme, Olivier Besancenot. Et de s'esbaudir à l'avance sur un candidat socialiste se présentant en vue du second tour fort de 18 à 20% des suffrages, incapable d'enclencher une dynamique, sans soutien réel pour souhaiter sa victoire, et dans l'impossiblité de remonter 15 points voire plus.
Ca ne vous rappelle rien comme stratégie?
Imaginez-vous ce président seul contre tous, seul face à ces bandes, ces clans qui veulent tout? Imaginez-vous ce président, confronté au vacarme de ces oppositions énervantes, désunies, querelleuses? Oui?
Alors, imaginez ce président pouvant alors offrir aux Français lassés de ces oppositions désordonnées, vindicatives et haineuses le doux visage de l'apaisement, de la sérénité, de l'unité. Unité! Voilà le mot clé. Un président synthèse de deux cents ans et plus de passions françaises. L'Unité, enfin retrouvée. Oui, avec lui, la France serait Unie! Comme ça:
Et voilà. Il suffit juste de changer la photo de la fin. Alain Minc le confirme d'ailleurs quasiment cette semaine dans le Point. La campagne 2012 sera le miroir de la campagne 1988. Et ça, c'est imparable.
Heureusement que le PS va se lancer dans une série de conventions formidables pour enrayer la dynamique qui porte le président sortant. On sent bien que ça va changer la donne. Il suffit de lire ce qu'annonce Moscovoci relativement à la tenue de la prochaine Convention du PS: Ce que je souhaite, c’est que l’on prenne le temps nécessaire pour mener cette convention. Il ne s’agit pas d’expédier des sujets lourds avec des travaux d’une poignée d’experts. Mais d’aboutir à une démarche la plus extravertie possible. Voilà pourquoi des questionnaires ciblés seront proposés fin septembre lors d’une consultation des Français. Avec pour objectif d’aboutir à un texte de cadrage à la mi-novembre, qui sera ensuite discuté pendant deux mois dans les sections et sur Internet, avant d’être soumis au vote des militants en janvier. Il s’agit de faire vivre cette convention, notamment avec un site Internet dédié et un réseau social. Et de ne pas faire une consultation à la papa".
C'est bien. D'un coté un président sortant déjà en campagne, déjà doté d'une stratégie qui a fait ses preuves. De l'autre, un PS qui en est encore à établir le calendrier d'une convention pour demander aux Français si ça va bien ou pas, qui découvre internet pour faire comme Obama et qui se donne encore sept mois pour réfléchir au sujet de quoi il pourrait bien réfléchir pour mieux réfléchir à propos des questions dont il faut réfléchir.
Moscovici nous dit que c'est fini "la consultation à la papa", mais ça n'est pas ça le problème du PS, Pierre. Le vrai problème du PS, c'est qu'il n'y a plus de Tonton.