Grâce à Laurent Joffrin, nous voici gratifiés d'une jolie polémique d'été entre journalistes. Chouette!
Le grand chef de Libé a décidé vendredi dernier de s'en pendre à l'AFP, suspecte selon lui, de ne pas reprendre les informations publiées dans son quotirien lorsqu'elles sont défavorables à l'actuel pouvoir. Depuis, les uns et les autres s'empoignent au sujet de l'éditorial de Joffrin. Comme d'habitude, il y a ceux qui ne sont pas d'accord, ceux qui sont d'accord, et tout le monde de passer en revue la reprise des sondages et autres scoops des uns et des autres relatifs au locataire de l'Elysée sur le fil AFP, tout cela destiné à tenter d'apporter réponse à la VRAIE question posée par Joffrin: l'AFP ne roulerait-elle pas passivement pour Sarkozy?
A titre personnel, ayant moi-même lancé (sans succès je le confesse) ce modeste débat ici il y a six semaines, je me vois contraint de revenir sur le sujet.
Le 1er juillet dernier, j'ai révélé que l'AFP avait rapporté des propos de l'actuel président de la République de manière absolument erronée. Ces propos étaient consacrés au travail du dimanche avec les Obama instrumentalisés pour l'exemple. Et à l'arrivée, analysé de façon politique, le propos sarkozien publié par l'AFP ne réflétait en rien la réalité des vrais propos prononcés. La version AFP gommait la phrase ou (maladroitement il est vrai) le président français accréditait l'idée que de nombreux Français sont fans d'Obama et qu'il disait leur donner raison, au profit d'une version édulcorée (celle de l'AFP donc) où ils étaient ramenés à de simples supporters désireux d'applaudir leur idole faisant ses courses dans un magasin le dimanche, magasin ouvert à la demande du président français.
Voici la version AFP:
"Est-ce qu'il est normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ?", s'est interrogé le chef de l'Etat.
"Tous ceux qui soutiennent le président Obama étaient présents, très bien. Qu'ils aillent maintenant leur expliquer pourquoi le dimanche nous sommes le seul pays où, à Paris, c'est fermé".
Et voici la version, la VRAIE, prononcée:
"Est-ce qu'il est normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ? Tous ceux qui soutiennent le président Obama et qui ont raison, très bien! Qu'ils aillent maintenant leur expliquer pourquoi le dimanche nous sommes le seul pays où, à Paris, c'est fermé!"
Certains me diront "Et alors, c'est pas grave?". Sauf que, mes bons amis, les relations sont telles entre Obama et le chef de l'Etat français (voyez l'enquête de Marianne cette semaine, remarquable) qu'il est tout de même légitime de se poser la question suivante: le rédacteur de cette dépêche là était-il sourd ou bien quelqu'un, quelque part, pour faire plaisir à quelqu'un, quelque part, s'est-il livré à un petit traficotage destiné à ne pas froisser qui vous savez et ne pas lui laisser dire qu'ils trouvent que les Français ont raison de soutenir Obama que lui déteste?
Il y a un mois tout le monde s'en foutait. Aujourd'hui, grâce au débat lancé par Joffrin, je me permets de poser à nouveau ma petite question.