Depuis hier, la machine à storyteller de l'Elysée est à plein régime. "Il" a fait un malaise vagal. "Il" va mieux. "Il" est victime de son énergie, de son travail. "Il" a fait un régime et "il" devrait manger davantage. "Il" parle normalement. "Il" bougonne, donc ça va bien.
Les journaux radios télé en ont fait des tonnes... "Que s'est-il passé?", "Va-t-il bien?"; "On attend le communiqué de l'Elysée"; "Le Premier ministre est revenu à Paris d'urgence!"; "Carla était à ses côtés durant le drame...".Tout ça pour pas grand chose. Faut comprendre. Il fallait tout à la fois s'emparer d'un épisode rompant la monotonie de l'actualité estivale et reprendre la jolie communication de l'Elysée le plus rapidement possible. Beaucoup de bruit pour rien. Trois fois rien.
Je m'explique.
Je pratique le malaise vagal depuis vingt-cinq ans à raison d'une ou deux fois par an. J'ai acquis une expérience de la chose qui confine à l'expertise, et par conséquent, cela m'autorise à écrire et décrire ce que le chef de l'Etat a du vivre hier. Ceux de mes lecteurs qui ont déjà subi ce genre de malaise confirmeront sans doute bien volontiers mes propos.
Donc, le président fait un malaise vagal. Ca n'est pas bien grave, même si c'est spectaculaire pour l'entourage qui assiste à la scène. Vos yeux se révulsent, et vous vous effondrez comme un paquet de linge sale jeté dans la machine à laver. En vrac. Ça fait peur et l'on peut se dire que le pire est en train de se produire. La chute est brutale, et c'est d'ailleurs le moment le plus dangereux. Le corps s'effondrant en un instant, la tête peut heurter le sol violemment suivant l'endroit où se produit le malaise (si vous êtes debout sur un sol carrelé, aie!). On ne le dira jamais assez, mais la séquelle la plus courante résultant d'un malaise vagal est la bosse sur le crâne.

Pour la victime, le retour à la dimension consciente est assez brutale. Emerger d'un malaise vagal est une expérience étonnante. On voit des gens qui s'agitent autour de soi, on ne réalise pas tout de suite où l'on est, on est presque tenté d'insulter ces individus qui troublent votre sommeil, d'autant que certains d'entre eux semblent être en train de vous gifler pour vous réveiller. Ça, vous le devinez, mais physiquement vous ne sentez rien. Juste l'impression que l'on vient de rétablir le courant dans votre cerveau. Plusieurs secondes vont d'ailleurs s'écouler avant que vous ne retrouviez la mémoire des instants précédents et ne soyiez en état de vous dire: "Ah oui! Je me souviens..."
La "déconnexion" est en effet si soudaine qu'il est impossible de se remémorer le moment exact du malaise, seuls vous reviennent les sentiments éprouvés durant les dernières secondes de conscience. La sensation de chaleur étouffante, la respiration comme étouffée, la sueur que l'on sent monter au front, l'impression que si on ne s'allonge pas immédiatement, on va s'effondrer et mourir, là, maintenant, tout de suite. Avec l'expérience du reste, on apprend à identifier les signes annonciateurs du malaise. On s'adapte. On s'allonge et on attend que ça passe le temps qu'il faut. Si on attend trop, jusqu'au moment où l'on se dit: "Je vais tomber..." c'est trop tard. On est déjà par terre. C'est ce qui a du se produire hier pour le chef de l'Etat s'il n'est pas sujet d'ordinaire à ce genre de malaise.
Le plus étonnant dans le malaise vagal, et le plus inquiétant aussi, c'est la perte totale de conscience. Je dis bien totale. On se réveille comme si on avait disparu du monde des vivants durant des mois, des semaines, alors qu'en fait, la perte de conscience ne dure que quelques secondes. Une fois, il y a quelques années, il m'est arrivé de me dire que j'étais en train de mourir et je garde la sensation inhabituelle d'avoir fait ce jour là un effort surhumain pour revenir à moi. En fait, je me suis dit ça car je percevais des cris et de l'agitation autour de moi et que j'avais déjà commencé à émerger. Cet épisode fut particulièrement pénible. Tellement pénible même, que depuis je ne fais plus de malaise vagal. J'anticipe et évite de créer les conditions qui sont propices à la survenance du malaise. Surtout l'été. Jamais d'effort physique ne pleine chaleur lorsque le soleil est à son zénith par exemple. Tout ce que le chef de l'Etat n'a pas fait hier.
PS: tout cela m'a fait penser à ce film (très daté...) qui passait aux dossiers de l'écran quand j'étais petit, "Le Voyage Fantastique"... Imaginez: des chirurgiens miniaturisés injectés dans le corps du président afin de déceler les causes de son malaise vagal...