Laurent Fabius? Vous vous souvenez? Ah oui! Laurent Fabius...
Dans une France politiquement mature, ambitieuse, réfléchie, Laurent Fabius devrait être président de la République ou, au pire, Premier secrétaire du PS, leader naturel et incontesté de l'opposition. Hélas (pour lui d'abord), la France et les Français s'adonnant avec déraison aux délices de la dictature de l'émotion, du Loft, de la culture unique (des "Ch'tis" à Marc Levy en passant par "Home") et du repli sur soi j'menfoutiste, Laurent Fabius n'est rien de tout cela. Il est passé à côté de son destin, comme Alain Juppé d'ailleurs, pour les mêmes raisons.
Bref, depuis 2007, la cause de Laurent Fabius était entendue. Sa défaite face à la dame qui touche les paralytiques sur le plateau de TF1 comme autrefois les rois touchaient les écrouelles des scrofuleux ("Ségolène te touche, Dieu te guérit!") semblait avoir mis un terme à l'ambition d'une vie. A peine l'avait-on vu, par Bartolone interposé, jouer les forces d'appoint au congrès de Reims, au cas où, mais sans plus.
Or, voici qu'en une semaine, Laurent Fabius défend la motion de censure socialiste à l'Assemblée (enfin un orateur à cette tribune! cf vidéo ci-dessous), soutient l'initiative d'Aubry contre Valls, laisse entendre par Weber interposé que finalement les Primaires, c'est peut être une solution, et termine la semaine par un entretien offensif dans Le Parisien où il dresse un bilan sans complaisance de l'action du chef de l'Etat et conclut en nous disant que ce dernier peut être battu en 2012.
Alors, il ne serait pas un peu remonté sur le cheval Laurent Fabius? Hein?
Il semblerait bien que si.
Dans une France poltiquement mature, ambitieuse, réfléchie, les membres du PS, les électeurs de gauche, et les Français même, devraient s'en réjouir. Voilà un homme qui posséde potentiellement toutes les qualités requises pour être un homme d'Etat, dont personne ne conteste les compétences, qui n'a jamais versé dans la démagogie populiste façon Bernadette Soubirou fait de la politique et qui ne dira jamais à un quidam au Salon de l'agriculture "Casse toi pov' con!".
Avec lui, l'opposition serait enfin crédible, audible, qualités qui lui font aujourd'hui défaut.
Avec lui, l'alternance pourrait se préparer sereinement.
Avec lui, la gauche disposerait d'un challenger plus que sérieux à opposer au champion de l'UMP qui a affronté jusqu'à présent, sans péril pour lui, les diverses incarnations de la vacuité socialiste.
Oui, mais je le sais. La France a changé. J'entends déjà venir les objections traditionnelles que l'on ressert chaque fois qu'il s'agit de Laurent Fabius: le sang contaminé, le grand bourgeois, le "Non" de 2005 et toutes ces fadaises prétexte au sein du PS à conserver ici un petit siège de conseiller municipal parce que "dans le coin on est plutôt Royal"; là un petit siège de conseiller régional, parce que "dans le coin, ma fédé est plutôt Hollande"; ici encore un petit fauteuil de maire parce que "dans le coin, les camarades en pincent pour DSK"... Tous ces petits jeux de carrières locales savamment construites autour des courants divers et variés du PS et qui ont conduit ce Parti au cimetière de l'ambition nationale.
Et puis, hors le PS, il y a les Français d'aujourd'hui, la dictature de l'émotion, le Loft, Secret Story 3, Marc Levy, les chtis, "Home"... Tout ça quoi...
Et puis il y a les autres gauches, qui détestent toutes l'actuel président, mais dans leur petit coin aussi... NPA, LO, Parti de Gauche, PCF... Ah ça! Non! On n'en peut plus de l'UMP! Mais surtout d'abord, on veut en finir avec le PS!
Et puis il y a les Verts. Ah les Verts! l'électorat bobo-impliqué qui a vu "Home" la veille du scrutin européen... Heureusement qu'il n'avait pas vu "Twilight"...
C'est vous dire les difficultés pédagogiques qui attendent Laurent Fabius et ceux qui le soutiennent. Certes, la situation du moment, l'état du PS, la nécessité d'instaurer les Primaires, autant d'éléments nouveaux qui lui entrouvrent une petite fenêtre, la dernière sans doute, pour imposer son destin. C'est pas gagné, ça, on le sait depuis longtemps, mais la nouveauté de la semaine, c'est que ça n'est pas perdu.
Reste à démentir Claude François.
PS: il semblerait que Bertrand Delanöe se remette également en mouvement. Le PS est mort? Vraiment?