L'affaire Orelsan encore? Eh bien oui! Encore, puisqu'il le faut.
La Ligue des Droits de l'Homme, parce que c'est là sa vocation, s'est émue de l'interdiction
de mise à disposition de l'album "Perdu d'avance" du chanteur
Orelsan dans les bibliothèques et médiathèques
municipales de Paris. Cette interdiction a été
décidée par l'adjoint au maire de Paris en charge de la
Culture, Christophe Girard. Or, ainsi qu'on le fait remarquer du côté de la LDH, d'une part, la fameuse chanson polémique "Sale Pute" ne figure pas sur l"album interdit, et d'autre part, ce même album "n'enfreint aucune loi et aucun juge n’a été saisi de son contenu. Il ne peut donc être retiré". Et la LDH de conclure : "la censure des textes évoque irrésistiblement les pratiques de municipalités d’une toute autre couleur politique".

Photo Corbis.
Ainsi mis en cause, Christophe Gérard a répondu par un communiqué:
"Etre comparé, voire assimilé par la LDH à un élu d'extrême doite me choque et me blesse profondément.
En responsabilité, nous avons fait le choix de ne pas commander le CD du dernier album du chanteur Orelsan et de retirer le seul exemplaire mis en circulation dans une bibliothèque de la Ville de Paris.
Quand on est de gauche, on tente d'être humaniste à temps plein et sans discontinuer, on ne lutte pas seulement contre le racisme, l'antisémitisme et l'arabophobie, mais on agit également contre la misogynie, l'homophobie et la transphobie.
Nous avons décidé librement de ne pas choisir une œuvre d'Orelsan qui se trouve par ailleurs disponible dans le commerce partout en France (...)."
Disons le tout net, heureusement que la LDH et sept autres organisations (et non des moindres), ont manifesté leur indignation contre les méthodes de Christophe Gérard.
On peut penser ce qu'on veut des chansons d'Orelsan. Les juger formidables, révélatrices des malaises de l'époque exprimés par un poète de la rue, ou estimer en revanche qu'elles sont affligeantes de nullité, mysogines et compagnie, mais les interdire de fait, unilatéralement, sans contrôle, est une pratique absolument intolérable.
1/ Parce que par principe, la censure est insupportable. En protégeant Orelsan, la LDH nous protège tous, sans exception. Faut-il encore rappeler que dans notre système de droit, la norme, c'est la liberté? D'abord et avant tout la liberté? Que toute censure exercée a priori, sans contrôle est irrecevable et indéfendable? Non.
2/ Parce que les arguments de Christophe Girard pour justifier sa censure sont irrecevables et cela mérite examen:
-"Nous avons fait le choix de ne pas commander le CD du dernier album du chanteur Orelsan et de retirer le seul exemplaire mis en circulation dans une bibliothèque de la Ville de Paris." Argumentation qui sous entend que la LDH ne devrait pas s'enflammer pour un pauvre petit exemplaire perdu dans le recoin d'une bibliothèque Et alors? Qu'il s'agisse d'un, cent, mille, cent mille exemplaires interdits, censurés, encore une fois, c'est le principe même de la censure qui est en cause. La censure ne se mesure pas en exemplaires interdits.
-"Nous avons décidé librement de ne pas choisir une œuvre d'Orelsan qui se trouve par ailleurs disponible dans le commerce partout en France". Argument terrifiant dans la bouche d'un élu de gauche. A quoi servent justement les bibliothèques et médiathèques publiques? A faciliter l'accès à la culture, sous toutes ses formes, pour tous ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir ses oeuvres dans le commerce partout en France. Rappelons que Christophe Girard est censé être élu socialiste, donc plutôt sensible à ces questions.
-"Quand on est de gauche, on tente d'être humaniste à temps plein et sans discontinuer, on ne lutte pas seulement contre le racisme, l'antisémitisme et l'arabophobie, mais on agit également contre la misogynie, l'homophobie et la transphobie." Et un petit coup de terrorisme intellectuel pour justifier la censure. Défendre Orelsan c'est révéler le misogyne, l'homophobe et le transphobe que nous sommes tous. Procédé vieux comme le monde, voire vieux comme l'immonde.
La LDH n'a pas osé complètement l'écrire et pourtant, il faut bien s'y résoudre. En procédant ainsi, a priori, sans contrôle, selon les seuls critères du bon goût tels que définis dans son petit coin par Christophe Girard, la Mairie de Paris censure comme le faisaient les mairies tenues par le Front National à Vitrolles ou Orange. C'est aussi stupide, insupportable et révoltant et si cette comparaison "choque" et "blesse" Christophe Girard, tant pis, mais elle s'impose.
Donc, afin de protester contre cette mesure, ce blog offrira désormais l'asile culturel à Orelsan, et ce jusqu'à annulation de la censure décidée par le citoyen Girard.
A Paris aujourd'hui, comme à Vitrolles autrefois, la culture, ça se censure, Girard-Mégret même combat. Hélas...
PS: le sujet du jour n'est pas: "Orelsan est-il homophobe, misogyne, etc. Le sujet du jour est: peut-on censurer comme ça nous chante quand on est élu.