
Martin Hirsch défend le RSA lors de la rencontre avec des blogueurs et journalistes, le 8 Juillet 2009.
cc RichardTrois
Six mois après une première rencontre avec Martin Hirsch, j'ai eu de nouveau la chance, grâce au Post et à la Netscouade, de rencontrer le Haut-Commissaire aux Solidarités Actives contre la Pauvreté et à la Jeunesse, en compagnie de blogueurs et de journalistes travaillant sur les questions d'emploi. Ces derniers ont posé des questions particulièrement pointues sur les zones d'ombres du RSA, sur les autres freins à l'emploi
que ne traite pas le RSA, etc...
Pour ma part, j'ai essayé d'interroger Martin Hirsch sur ses marges de manœuvre pour aller au-delà du RSA et in fine sur sa place dans le dispositif de Nicolas Sarkozy. Voici le verbatim de cette partie de l'échange :
RichardTrois : Avez-vous des marges de manœuvre? Quand on s'était rencontré vous nous aviez parlé de votre « guide d'action », le rapport de 2005 qui comporte 15
résolutions pour combattre la pauvreté. Or toutes les propositions que vous avez faites sur le surendettement, sur le bouclier sanitaire (pour contrer les « franchises médicales ») ont été enterrées.
Et si vous n'avez pas de marge de manœuvre, à quoi cela sert-il de continuer ? Parce que se pose toujours la question : êtes-vous la caution sociale du Sarkozysme.
Martin Hirsch : C'est une caution chère quand même. Une caution à 1,5 milliards d'abord plus 850 millions d'€ de prime de solidarité active, une caution à plus de 2 milliards. C'est une caution comme je ne vous souhaiterais pas d'avoir à en payer une pour un appart.
Ces derniers mois l'équipe, qui est ici, ne s'est pas tellement posée la question de ce qui avait à faire et à quoi elle servait. On a fait en sorte que le RSA arrive à bon port. On a pas mal mouillé notre chemise pour que les sujets que pointiez soient résolus (nda les questions d'implémentation et de déploiement du RSA). C'est-à-dire que ce qui se passe sur le terrain, être à côté des acteurs, à côté des départements, être sûr que l'on ne trahisse pas l'esprit de la réforme, cela nous a pris pas mal de temps. Je pense que c'était plutôt utile. Du coup, on a contribué à ce que cela soit une réforme qui se passe plutôt bien, pour une réforme aussi compliquée.
On passe 90% de notre temps à se dire : voilà le job que l'on doit faire. Et je le ferais exactement de la même façon si j'étais à la Direction de l'Action Sociale ou ailleurs.
Deuxièmement, puisque vous faisiez allusion aux 15 résolutions du rapport, il y avait dans ce rapport une résolution sur les politiques publiques en faveur des jeunes. Et on a donc passé 6 mois à développer ce que pourrait être une politique publique pour les jeunes. On est arrivé avant-hier ce que la commission livre ses conclusions avec une adhésion de tous les acteurs à cette feuille de route, du MEDEF à la CGT, de l'UNEF à l'UNI, des parlementaires. Et ils ne se sont pas dit « on est dans un lieu de caution, qu'est-ce qu'on vient faire là ». Ils se sont dit « on jugera sur les actes ».
La jeunesse, c'est la population pour laquelle le taux de pauvreté est le plus élevé dans ce pays. Je n'étais pas satisfait que l'on ait fermé la porte aux jeunes dans la loi de 1er Décembre 2008. Je l'ai entrouvert au forceps pour mettre le petit fond d'expérimentation. Et je me suis fait engueuler à l'époque parce que j'avais mis tout les sous que j'avais pour rassembler 10 millions d'€. Et là quand même bien travailler sur les jeunes. Il reste à transformer.
RichardTrois : Sur la pauvreté « Tout se tient ». Par exemple, une question que voulait poser un ami et camarade, c'est question du surendettement. Si l'allocation RSA est bouffée par les agios, cela ne sert pas à grand-chose...
Martin Hirsch : Je suis d'accord. Les dossiers de surendettement augmentent. Oui, il y a un vrai problème. Mais avec le RSA quand on a 200 € de plus, on a un peu moins besoin d'aller chercher un crédit à la consommation ou puiser dans une réserve d'argent. Mais c'est vrai que j'espérais et j'espère toujours, puisque ce n'est pas encore voté définitivement, que le projet de loi voté au Sénat, soit plus protecteur.
Le téléphone de Martin Hirsch sonne alors interrompant l'échange.
Martin Hirsch justifie donc son action par les avancées sociales concrètes qu'il met en œuvre en technicien, en passionné de la lutte contre la pauvreté. J'aurais voulu pour poursuivre lui demander s'il se vit comme un homme politique et dans ce cas pourquoi n'utilise-t-il pas ce poids politique pour donner une autre envergure à la politique de lutte contre la pauvreté.
A ce sujet, les journalistes d'ActuChomage qui étaient présentes rappellent dans leur compte rendu de la rencontre que les entreprises françaises ont droit à 60 milliards d’€ d'aides publiques diverses et variées dont plus de 30 milliards en allègements de "charges", et ce sans contrepartie notable sur l'emploi. Avec les 15 Milliards inutiles du Paquet Fiscal, voilà qui permettrait de trouver les marges de manoeuvre pour lutter vraiment contre la pauvreté, sur tous ses fronts. Ce que ne fait pas le RSA. Même si les 1,5 milliards d'€ du RSA sont bons à prendre pour ses allocataires.
PS: La rencontre a été l'occasion de faire la connaissance des rédactrices d'ActuChomage ainsi d'Elsa Fayner, jeune journaliste qui développe l'excellent blog "Et voilà le travail !". Sous-titré Chronique de l'Humain en Entreprise, je l'avais découvert par hasard via Twitter et cet article sur l'évolution du travail des agences photo : “Je me retrouve coincée entre les photographes et la direction”. Son blog est très très riche. Je vous le conseille.

Bonus : Ma madeleine, le générique de la série "L'Homme qui valait 3 Milliards".