Hier les députés de l'UMP ont été conviés à un "buffet déjeunatoire" par le président de la république. Ce que les journaux ne vous disent pas vraiment, c'est que de plus en plus de députés trouvent ça "gonflant" d'être ainsi convoqués entre midi et deux par le chef de l'Etat. Ces élus de la Nation ont de plus en plus le sentiment d'être traités comme des représentants de commerce soumis au bon vouloir d'un chef des ventes désireux de mobiliser les ardeurs avant la tournée de la semaine et ça les agace. Et quand le chef lui même n'hésite plus à parler de "la marque UMP", certains s'étranglent, mais en silence...
Ceux qui sont élus depuis longtemps regrettent même le temps où Jacques Chirac prenait le temps de les recevoir, de bien les nourrir, avec de vrais déjeuners, autour d'une jolie table bien dressée. Et surtout, il les écoutait, eux qui chaque semaine, du jeudi au dimanche, sont au contact des Français. "Et chez toi, qu'est-ce qu'ils disent?" qu'il demandait le grand Jacques. Il n'était pas obligés d'écouter de longues minutes durant un discours dont la ligne est directrice est toujours: "J'ai eu raison, j'ai tout bon, je me trompe jamais, je suis le meilleur, grace à moi le Nouvel Obs se vend mieux". C'est sur, député de l'UMP, c'était mieux avant...
Vos quotidiens du jour vous rapportent ce matin les propos présidentiels d'hier mais rendent assez peu compte de l'ambiance. Ils n'insistent pas sur le dilemne qui fut celui des députés de l'UMP lors de l'intervention présidentielle. Que faire? Ecouter le président célébrant sa gloire ou continuer à bouffer debout d'autant qu'il n'y en avait pas pour tout le monde?
Le plus cocasse dans cette affaire, c'est que de nombreux députés UMP en ont assez d'être traités comme des godillots. En petit comité à l'Assemblée (c'est à dire à deux en fait, dès que l'un est certain que l'autre ne répètera pas ce qui se dit et réciproquement), ça jase, ça daube, ça conteste. A plus de trois, c'est terminé. Ils ont toujours peur de tomber sur un cafard de l'Elysée.
Hier, le président leur a dit: "Au pire ou au mieux, vous en avez encore pour sept ans et demi avec moi". Petite phrase terrible. L'imagine-ton prononcée par François Mitterrand? Valery Giscard d'Estaing? Georges Pompidou? Charles de Gaulle? Non, il n'y a que l'actuel tenancier de l'Elysée pour se voir déjà si haut, ça, il sait faire comme en témoignent ces images récentes tournées lors de la dernière cérémonie célébrant le Débarquement du 6 juin 1944.
"Au pire ou au mieux, vous en avez encore pour sept ans et demi avec moi"... Quand j'y pense, cela m'évoque en écho la fameuse charge de Philippe Seguin contre la candidature Balladur 95, dont l'artisan principal était qui vous savez. Souvenez-vous, c'était le 30 janvier 1995 à Bondy: "Arrêtez de croire qu'il va y avoir une élection présidentielle! Arrêtez de croire qu'il va y avoir une campagne, un débat, des explications, toutes choses si vulgaires! Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n'y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Ca n'est pas la peine de vous déranger. Circulez, il n'y a plus rien à voir!"
Pas grand chose à changer aujourd'hui. Sauf que nous ne sommes pas à cinq mois de l'élection mais à trois ans et qu'il convient de modifier le texte pour le rendre moins impersonnel: donc cela donne: "Arrêtez de croire qu'il va y avoir une élection présidentielle en 2012! Arrêtez de croire qu'il va y avoir une campagne, un débat, des explications, toutes choses si vulgaires! Le vainqueur déjà s'est désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il s'est élu. Il n'y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Ca n'est pas la peine de vous déranger. Circulez, il n'y a plus rien à voir!"
Et voilà. Bon septennat (et demi) à tous. Sinon, relisez Machiavel:«Pour prévoir l'avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats.» Ca peut rassurer ceux qui en éprouveraient le besoin... Eventuellement...