Donc, à l'initiative d'un député communiste, une cinquantaine de parlementaires demandent la création d'une commission d'enquête relative au port de la Burqa sur le territoire de la République française aux motifs, selon André Gérin l'initiateur de l'affaire, que "des personnes sont dans de véritables prisons ambulantes (...) il y en a de plus en plus, non seulement dans les grandes villes, mais aussi dans le monde rural. Il faut sortir d'une sorte de silence des responsables politiques de ce pays".
Là-dessus, Fadela Amara embraye la seconde et estime ce matin sur France Info "qu'il faut (...) que la démocratie et la République se donnent les moyens de stopper la propension de la burqa."
Et là, je m'interroge.
Primo: je songe à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, que la récente censure de la loi HADOPi par le Conseil constitutionnel a remis au goût du jour. Vu que ce texte est LE texte juridique fondateur de la Démocratie française depuis deux cents ans, autant voir ce qu'il dit en la matière:
"Article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi."
Et pour rappel, les deux articles relatifs à la Liberté, droit naturel et imprescriptible de l'Homme:
"Article 4 : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi"
"Article 5 : La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société."
Cet ensemble pose un principe et sa restriction. Le principe, c'est la liberté, la restriction que l'exercice de cette liberté ne nuise pas à celle des autres ou à l'ordre public ou à la sociéte.
Deuxio: compte tenu de ce qui précède, et rapporté à la question du port de la Burqa, voici les questions qui se posent: la burqa menace-t-elle l'ordre public? La burqa empêche-t-elle le libre exercice de toute autre religion sur le territoire français? La burqa est-elle nuisible à la société?
Tertio: si, comme le disent les députés et Fadela Amara, la burqa constitue par son port même une atteinte intolérable à la liberté, que n'interviennent-ils pas tout de suite? Pourquoi une commission? Vite, un projet ou une proposition de loi et agissons! Et à l'arrivée, c'est le Conseil constitutionnel qui tranchera.

Quatro: cette commission d'enquête se pencherait-elle également sur le sort des religieuses catholiques cloitrées dans les couvents, le corps également recouvert de tissus épais ne donnant à voir (léger plus par rapport à la burqa) que l'ovale de leur visage? Ou bien une fois encore, n'examinerait-on, et ce, à des fins qui pourraient être perçues comme exclusivement stigmatisantes, que les cas extrêmes issus d'une application démesurée des préceptes religieux musulmans?
Quinto: car c'est bien cela qui dérange dans cette affaire et donne raison à Obama. Un pays de tradition judéo-chrétienne se permettrait de s'ériger en normateur de la bonne ou mauvaise façon d'exercer une religion, oubliant au passage de s'intéresser à des cas issus de sa tradition et parfaitement similaires. Qui nous dit que les centaines de religieuses enfermées dans des couvents (Carmélites, Clarisses...) le corps à peine moins voilé que si elles portaient une burqa, sont des femmes qui seraient plus libres que les musulmanes adeptes de la burqa? Au nom de quoi? Au nom de qui juger?
Sexto: Pour que ce soit bien clair: à titre personnel, le port de la burqa me met mal à l'aise tout autant que le voile catholique. Mais je reconnais à chacun cette liberté ultime d'aliéner sa liberté au nom de sa religion si cela lui chante et tant que ça ne dérange pas ma liberté et pour peu que ce choix ne soit pas le résultat d'une violence conjugale, comme il semble que cela soit souvent le cas. Du reste, ne réside-t-il pas là le problème posé par la Burqa? Pourquoi aborder nécessairement ce débat par le seul prisme religieux? .
Septimo: Obama a vu juste. Dans son récent discours du Caire, il a invité les pays européens de tradition judéo-chrétienne à ne pas empêcher le libre exercice de la religion musulmane sur leur territoire, y compris dans ses aspects vestimentaires. Il estime, à juste titre, que ces manifestations minoritaires ne doivent pas occasionner de restrictions légales pour cause d'ethnocentrisme culturel et religieux car ces restrictions imposées par la contrainte nuisent à la construction de sociétés harmonieuses et polyreligieuses. Visiblement certains parlementaires français n'ont pas entendu ce discours là. Dommage.