Avec un peu de retard pour cause d'investigation je reviens aujourd'hui sur l'affaire de la bande video connue désormais sous le nom de "Chirac gaulé par Bernadette".
Ce document a été diffusé sur Canal plus dans le cadre de la rubrique de Yann Barthes et est depuis une petite semaine l'objet de l'attention des centaines de milliers d'internautes. Évidemment.
Pour rappel et pour ceux qui auraient raté l'épisode précédent, le voici:
Depuis quelques jours, je m'interrogeais. Pourquoi ce succès? Pourquoi ce regain d'intérêt pour un ancien président replié au Conseil constitutionnel où il incarne, avec Jean-Louis Debré, l'aile gauche de l'institution? Pourquoi la France entière rit-elle aux éclats?
C'est tout simple.
Ce document est une manipulation anti-sarkozyste primaire (ne jamais oublier de rajouter "primaire" derrière anti-sarkozysme, sinon, ça n'est pas correct), une manipulation assez ignoble montée par Yann Barthes et que j'ai fini par mettre à jour.
Regardez bien ces images. Ce souverain joli coeur émoustillé par la présence d'une jeune femme blonde à nez mutin; ce potache de 78 ans égayé par une présence excitante; ce Cary Grant corrézien que l'on devine ployant depuis cinquante ans sous le joug de cette épouse so Chodron de Courcel et tellement vieille France; ce Rubempré "old fashion" qui n'a rien perdu de ses illusions lorsque sa femme disparaît... Regardez-le bien... N'est-il pas sympathique en diable? Naturel... Proche de nous... Français quoi...
Depuis Henri IV les Français adorent les princes (monarchiques ou républicains) qui ne dissimulent pas leur inclination pour la séduction à condition que cette inclination ne nuise pas à leur fonction (la théorie des deux corps du Roi en gros...). Savoir que le Prince par delà le Prince est un homme comme les autres, un Vert-galant, c'est sympa. C'est un type comme nous. Et puis ça rassure. Un homme qui s'adonne à tous les menus plaisirs que la vie peut offrir ne peut être mauvais. On peut tous se dire qu'un tel homme n'a pas de revanche (ou de vengeance) à prendre sur les autres, qu'il ne jouira pas de son pouvoir en libérant une perversité née de pulsions de plaisir trop longtemps inassouvies, et qu'il ne fera pas étalage intempestif de sa vie privée pour compenser, jusqu'à s'en abaisser, les souffrances d'autrefois.
Arrivé à ce stade du développement, vous comprenez maintenant pourquoi Yann Barthes a fait de l'anti-sarkozisme primaire? Toujours pas?
Alors démonstration par l'exemple.
Ce qui nous fait rire dans la séquence Chirac-Bernadette, c'est le côté potache du héros, ce passage à l'acte amusant et sans conséquences de l'ancien président souligné par cette phrase: "Il faut se méfier des femmes", adressée en apparence à la jeune femme blonde, alors qu'en fait, psychanalytiquement parlant, Jacques Chirac s'adresse à lui même en train de faire le zazou deux mètres derrière Bernadette, comme une sorte de rappel à l'ordre inconscient. Ce qui fait rire, c'est que cet homme ose malgré le contexte, ce qui révèle chez lui une absence de mal être et de frustrations diverses.
Imaginons alors un autre président, un président qui serait tout en mal être et en frustration et qui, soumis à une tentation identique n'oserait l'assumer. Cela se passerait l'an passé, à l'Elysée, lors d'une réception, et donnerait ça:
Avez-vous noté le regard furtif mais appuyé sur les attributs de la belle jeune femme blonde, cette envie subite qui surgit, ce rictus de culpabilité qui déchire aussitôt le visage du héros de cette courte scène? Eh oui! C'est là qu'est le drame. Ce regard fuyant de gamin pris en faute par sa maman surpuissante comme dans "Vipère au poing", cette honte d'avoir eu une pensée concupiscente à la vue d'une opulente poitrine, le petit coup d'oeil final en coin à l'épouse du moment ("pourvu qu'elle ait rien vu"), cette culpabilité que l'on devine étreignant le malheureux en proie à une envie coupable et frustrante tout à la fois... Cela fait sourire autant que cela dérange, car l'on se dit que ce type un peu contraint va se venger sur quelqu'un pour se passer les nerfs dans les minutes qui viennent. C'est un processus classique. "Je me sens coupable, donc je vais punir un plus coupable que moi! Tiens, je vais les faire travailler plus pour gagner moins! Na!"
Voilà pourquoi Yann Barthes, le Edwy Plenel du people, a fait oeuvre d'anti-sarkozysme primaire en exploitant cette bande vidéo de Chirac et Bernadette. Parce que nous savons tous qu'une certaine douceur de vivre très française a quitté l'Elysée il y a deux ans, et que dans les profondeurs de notre inconscient, cela nous inquiète...