Dany s'est bien fait avoir hier soir. Et il peut dire merci à sa vieille copine Arlette Chabot et à France 2.
Reprenons dans l'ordre.
Comme nul ne l'ignore plus, hier soir, durant l'émission "A vous de juger" consacrée aux élections européennes, François Bayrou a rappelé avec délicatesse qu'il fut un temps lointain où Cohn-Bendit a commis quelques écrits problématiques. En 2001, ses écrits furent exhumés, et il s'ensuivit une affaire qui fit long feu, Dany y survécut.
Hier soir, ulcéré par le tutoiement condescendant de Cohn-Bendit, Bayrou a cru bon de ressortir à son tour cette histoire que tout le monde avait oublié.
Depuis hier, une question me taraude. Je m'étais installé devant ma télévision avec la promesse d'assister à un débat rassemblant les représentants des principales listes en présence. Je pensais que le débat serait égal. Même dispositif pour tout le monde, égalité de traitement, de temps de parole... Hélas! J'avais oublié que sur France 2, on ne rigole pas avec la politique comme le disait mon ami Michael Darmon il n'y a pas si longtemps.
Premier souci, comme certains l'avaient déjà remarqué avec justesse, certains des protagonistes participaient à un débat au sujet d'élections où ils ne sont mêmes pas candidats. Aubry, Bertrand, Bayrou prenaient donc la place (par exemple) de Désir ou Peillon, Barnier ou Dati, Sarnez ou Kahn, on se demande bien pourquoi.
Second souci, le coup des deux petites tables. Arlette Chabot et ses sbires ont organisé à l'intérieur du débat des mini-débats. D'un côté les Grands (Aubry, Bertrand) de l'autre les moins grands (Bayrou, Cohn Bendit) en attendant de faire entrer les "petits" en fin d'émission qui ont le droit de s'assoir à la table des grands au déssert. Et c'est là que Cohn-bendit n'a pas vu le coup venir.
Notez également qu'Aubry s'est fait avoir aussi. Elle s'est retrouvée en fin d'émission en compagnie de Mélenchon et Besancenot à sa table. Ce rassemblement, orchestré par Arlette Chabot, a permis de servir aux téléspectateurs l'image symbolique du PS braconné par le NPA et Le Front de gauche. "Regardez moi cette gauche toute divisée, toute nulle, toute pourrie qui étale tous ses problèmes sous les yeux du placide Xavier Bertrand de l'UMP sympa"; c'était le message subliminal adressé au cerveau des téléspectateurs. En outre, cela a permis à Xavier Bertrand d'éviter le voisinage compliqué avec Marine Le Pen et Villiers, qui sont certes de droite mais susceptibles d'entraver la marche triomphale de la majorité absolue UMP-Nouveau centre qui siège à l'Assemblée nationale forte du soutien attendu de... 25% des Français...
Revenons au traquenard anti-Dany.
Dès la veille, Bayrou avait fait savoir qu'il comptait bien se payer Cohn-Bendit et dénoncer sa supposée collusion avec le chef de l'Etat. Arlette Chabot et ses sbires ne pouvaient pas ne pas le savoir. Ce qui signifie qu'en organisant la table spéciale Bayrou/Cohn-Bendit, ils ont créé le théâtre où le pire ne pouvait que se produire. Ils se sont conduits comme les complices objectifs de Bayrou, lui dessinant une arène taillée à sa mesure et destinée à la mise à mort télévisuelle de Cohn-Bendit. Ils ont cherché à faire du SPECTACLE et non de L'INFORMATION. Ils se sont moqués des citoyens venus assister à une émission sérieuse, un vrai débat et qui se sont vus servir un talk show politique trash.
Je note également que dès l'enregistrement terminé hier après midi, le verbatim de l'échange se répandait dans le tout Paris politico-médiatique, comme si quelqu'un, quelque part, cherchait à appâter le téléspectateur avide de sensations fortes. Qui est à l'origine de cette fuite? On aimerait bien le savoir.
Au bout du compte, le juste mot de la fin revient à Jean-Luc Mélenchon. Le service public s'est encore couvert de honte. A vous de juger, c'est fait. A nous de condamner maintenant.