2 communiqués rageurs publiés à quelques minutes d'intervalle. Du jamais vu! Sur Le Post, un conseiller de Rachida Dati explique la réaction de la ministre.
2 communiqués rageurs publiés à quelques minutes d'intervalle. Du jamais vu! Sur Le Post, un conseiller de Rachida Dati explique la réaction de la ministre.
Ça se passe le 12 mai 2009, en France, sur le site officiel du ministère de la justice...
On pouvait y lire deux communiqués de presse, signés Rachida DATI, exclusivement consacrée à Élisabeth Guigou.

En substance le premier
communiqué disait :
"L'arrogance d'Elisabeth Guigou est révélatrice de l'attitude hautaine de certains socialistes vis-à-vis des souffrances de nos concitoyens dans leur vie quotidienne.
Je renvoie les Français au bilan d'Elisabeth Guigou en tant que Garde des Sceaux : un taux record de délinquance +17%; des taux records de suicide en détention (125 suicides en 1999), et de mineurs incarcérés (975 en juillet 1999 contre 698 en avril 2009), un taux inacceptable de détention provisoire (40% des personnes en prison en 1998 contre 26% aujourd'hui), le taux record de fermetures de places de prison sans nouvelles ouvertures (497 places fermées contre près de 9 000 places créées entre mai 2007 et 2009).
Je laisse le soin aux Français de juger de la grandeur d'Elisabeth Guigou en tant que ministre de la justice".

Le second
communiqué suit une heure après, lapidaire:
"Compte tenu de l'intelligence de Mme Guigou, celle-ci devrait déroger au principe archaïque selon lequel tout prédécesseur mésestime ses successeurs".
De tels propos, signés par le Garde des Sceaux, affichés sur le site officiel du ministère de la justice laissent pantois. A commencer par Maître Eolas, qui écrit: "Ou un hacker fait des siennes, ou le Garde des Sceaux est en train de péter un câble en direct"
Ce site est exclusivement réservé à la communication institutionnelle, ce qui exclut toute démarche partisane qui n'a pas vocation à se retrouver sur un tel site.
De quel droit, alors que les deux communiqués ne concernent absolument pas le fonctionnement de la justice, l'annonce d'un quelconque décret, Rachida Dati s'est elle arrogé la possibilité de faire une réponse personnelle à des propos personnels tenus sur une station de radio sur le site du ministère?
Il semble, en effet, que ces deux communiqués répondent aux propos tenus part
Élisabeth Guigou, sur Europe1 en réponse aux
questions de J P Elkabbach :
"L'ancienne Garde des sceaux socialiste Elisabeth Guigou a estimé mardi Rachida Dati avait "gâché toutes ses chances" au ministère de la Justice, par "désinvolture", "autoritarisme" et "incompétence".
"J'avais beaucoup de sympathie et d'estime pour elle, c'est fini", a déclaré Mme Guigou, interrogée par Europe 1 sur le bilan de la ministre de la justice, numéro deux de la liste UMP en Ile-de-France aux européennes.
"C'est quelqu'un qui, malheureusement, a gâché toutes ses chances, qui étaient grandes au départ. Par désinvolture, par autoritarisme mal placé, par incompétence aussi", a ajouté Mme Guigou. "Elle n'a pas assez travaillé. Elle n'est plus à son ministère, ou quasiment plus"."
À moins d'1 h 30 d'intervalle, la ministre, où son chef de cabinet, a pris le temps de rédiger, et de signer de son nom, deux messages particulièrement virulents à l'égard de l'ex garde des sceaux, Élisabeth Guigou. En outre, non contente d'arroser les boites e-mail des
journalistes de ses communiqués de presse, elle s'est autorisée à les publier sur le site du ministère.
Comportement assez inhabituel de la part d'un ministre que celui qui consiste à utiliser le site de communication de son ministère pour régler des comptes personnels.
Comportement qui pourrait s'expliquer si la ministre n'avait pas accès aux médias traditionnels, ce qui n'est absolument pas le cas de Rachida Dati dont on ne peut pas dire que l'accès aux médias lui soit interdit.
On ne peut que se demander :
Comment la ministre de la justice a-t-elle osé agir ainsi ? Serait-elle une fois de plus victime de son « insoutenable légèreté de l'être"?
Ou bien:
Son ministère de la justice, à l'instar du ministère de la culture, est-il la proie de zélés collaborateurs chargés de communication, ou de chef de cabinet dont le sens de l'État avoisinerait le degré zéro?
Le saurons -nous un jour?
Il ne reste plus qu'à déterminer si les propos de la garde des sceaux ne constitue pas un délit d'injure ? Élisabeth Guigou restant ce domaine le seul juge..
Et il faut reconnaître qu'en ce mardi 12 mai 2009, entre le vote par l'assemblée de la loi HADOPI, le énième refus de mise en liberté de Julien Coupat et le ministère de la justice qui confond site institutionnel et blog de fille, la justice de notre pays n'aura pas été épargnée.
Edit de la rédaction du Post, ce mercredi à 12h:
Sur Le Post, un de ses conseillers explique que Rachida Dati, "sous le feu des critiques", a rédigé un communiqué "sur le fond" et un autre "sur la forme" pour répondre "aux propos éhontés d'Élisabeth Guigou".
Mercredi soir, Élisabeth Guigou a également réagi, estimant que
"Rachida Dati est à court d'arguments pour masquer ses
échecs".