Silence, on rationalise

L'heure est aux économies et à la rationalisation, chez moi. Marc (mon chef) est tout pâle du désir de rationaliser et de réduire les coûts. Ça ne rigole pas.
Et alors moi, ça me fait irrésistiblement penser à un roman de mon enfance, un de mes meilleurs souvenirs, Treize à la douzaine. En effet, le papa était expert en ergonomie. Il faisait des études pour savoir de quelle façon il fallait faire des trucs pour aller plus vite ou dépenser moins de sous.
Je me souviens d'un passage du livre. En costard cravate, il passe à côté d'un maçon bâtissant un mur et lui fait remarquer qu'il s'y prend mal. Furieux, le maçon (ignorant que papa Gilbreth avait jadis été maçon) lui met sa truelle et les briques dans les mains en disant : "Vas-y, toi, puisque tu es si malin". Et hop, Gilbreth se met à poser des briques à toute vitesse et le maçon se marre, en lui disant qu'il est certain d'avoir affaire à un type qui a posé des briques toute sa vie.
Bref. Et donc, quand Marc a commencé à descendre dans notre rez-de-chaussée, de sa tour d'ivoire de bureau, pour nous parler, j'ai pensé à ça.
Je vous brosse le tableau, il le faut, pour suivre.
Marc, la petite quarantaine. Costume bien coupé. Pas très très bien, mais bien. Droit. Le menton levé. Posture du winneur, vu? Main dans la poche, légèrement renversé en arrière, l'autre main utilisée pour des gestes soulignant les propos. Voix : ferme, assurée, élite de la France (ESSEC en son temps).
Donc Marc descend un jour de son olympe pour nous informer que nous allions mettre en place des procédures. Il plaça une main dans sa poche, se renversa un peu et se mit à parler, tout en allant et venant (à l'occasion, il donne encore des cours dans une école de management - privée).
Son discours contenait les mots "crise économique", "opportunité", "rationalisation des coûts", "meilleure évaluation et définition des besoins", "culture interne". Mais bien disposés dans ses phrases.
Contenu du discours : il faut faire des économies de grand-mère ou de paysan même si on n'a pas l'habitude (mais il l'a mieux dit, sans allusion au troisième âge ou à une ruralité idéale).
Réaction : pas. Sauf moi : toute contente. J'adore réutiliser le papier du boulot. On jette toujours des feuilles à moitié imprimées, je ne le supporte pas, je les ramène à la maison et je fais des trucs horribles, honteux avec, je coupe les feuilles en quatre et je les empile pour faire des bloc note maison. Je fais ça au boulot aussi, mais en me cachant, ça fait super rat, alors que j'ai un beau bloc avec notre logo.
Non, attends, j'ai mieux : j'ai trois blocs avec notre logo car comme le bloc est trop beau pour que je gribouille dessus avec mon écriture illisible, je le laisse sur la table et j'écris sur des bouts de papiers planqués dans mon deuxième tiroir à droite. Mais j'ai récupéré le bloc avec le logo d'il y a deux ans, le bloc avec le logo en vigueur lors de mon arrivée et le nouveau, car nous venons de changer le logo.
Nous avons du reste payé affreusement cher un mec pour nous dessiner un logo. Il y a peut-être des designers qui meurent de faim, mais il y en a qui bouffent bien...
Bref. Cette récupération de papier, qui me vaut d'entendre soupirer d'aise, dans mes artères, des générations de paysans planquant des sous dans leurs chaussettes (telles les Révérendes Mères dans leur Mémoire Seconde), constitue ma façon à moi de lutter contre le monde moderne et ses absurdités.
Plier des feuilles avec une règle et les déchirer (avec une règle) m'expédie hors du temps, dans un monde où le gaspillage était un blasphème, ce qui devait être pesant, certes, mais pas moins que cette fausse course aux paillettes entrepreneuriales, à coup d'investissements dans des machines pas toujours utiles et de logos.
Mon logo, il a coûté plus cher que le tien et y est plus beau, me semble dire Marc à ses copains, d'autres entrepeneurs fringants, qui parlent aussi en agitant leur main et sans nous regarder, nous, petits moucherons agités autour de nos ordinateurs.
Mais je sens que je vais devenir à la mode. ça me donne envie de gaspiller, par esprit de contradiction.
Marc est descendu de son univers idéal et son discours parle d'éteindre la lumière, les imprimantes, et la machine à café. Je fais un effort pour ne pas pouffer : on va faire comme à l'école, par roulement. Il y en aura un qui sera chargé de tout éteindre, on va faire un tableau de répartition.
L'ambiance est à la consternation. Sauf moi qui m'étrangle à force d'essayer de ne pas pouffer. Entre le Marc qui vire maîtresse d'école et les collègues horrifiés à l'idée de passer dans les rangs pour éteindre les PC et la lumière des chiottes, je ne peux plus, je m'étrangle, j'essaie désespérément de penser à des trucs tristes, euh, attends, un truc triste, un truc triste vite : mais j'y arrive pas.
Je me dis que peut-être, celui qui éteindra mal les lumières sera viré? Ça, ça te maîtriserait les coûts comme qui rigole, pas vrai?
Heureusement, avant que je n'explose, Marc part et monte martialement les escaliers métalliques en colimaçons qui séparent son bureau olympien de nos bas-fonds. C'est la crise.
A lire sur LePost.fr:
- Le jour où Le Post m'a proposé d'être blogueuse invitée
- A votre tour de perdre du temps sur le Net
Sincèrement, je ne vous comprends pas.
Et c'est fatiguant à lire en plus.
surtout dans les entreprises publiques
quand les anciens adjudants chefs et caporaux de base reviennent de stage sur la gestion des organisations
A enregistrer
merci pour ce petit voyage "treize à la douzaine" :o) je n' ai pas lu le roman mais une adaptation ciné au "cinéma de minuit" un dimanche soir, un p'tit trésor cette histoire. Et aussi l' illustration avé l' oncle Balthazar Picsou j' aime beaucoup.
Pour quelques mots je trouve en ce moment abuser/abusé "collaborateurs" "missions" "transparence" "concertation" "agents" (...) tout "pragmatiquement" dérangeants.
+ du pouce.
http://www.come4news.com/images/stories/come4news-reporter.jpg
Un gang péruvien aurait assassiné des gens pour prendre leur graisse, vendue en Europe.
C'est ce que demande le ministre de la justice irlandaise. Ce serait une bonne idée, non ?
Un coup d'oeil sur le manuel de l'escorteur, destiné aux policiers qui raccompagnent les sans papiers expulsés
...Cette ancienne escort girl à 300 livres de l'heure est maintenant spécialiste du cancer dans un hôpital de Bristol.
Il travaille en France depuis 13 ans et a permis d'éviter un drame...
Deux navigateurs français sauvés par la Marine portugaise, au milieu d'une mer déchainée, sur un bateau prêt à sombrer
Oui, mais non. Angelina veut adopter mais pas Brad. Suspens !!!!!
Depuis deux jours on nous bassine avec ça, alors que c'est le budget sécurité qui a été revu à la baisse
Voilà un projet culturel de première ampleur, qui devrait mériter le respect et l'attention du chef de l'Etat. Mais ça doit manquer de Rolex.
Le jeune pilote est mort des suites de son accident














































