"Si mon expérience peut servir", a dit Alain Juppé ce week-end dans Le Parisien. Depuis deux jours, nos amis journalistes interprètent cette petite phrase dans un sens convenu: "Le remaniement se profile, il veut revenir". On ne peut en vouloir à la majorité des journalistes qui s'occupent de ces affaires, ils sont de plus en plus nombreux à être dénués de réelle formation et culture politiques, surtout (grosso modo, on ne généralisera pas trop) les moins de 35 ans. C'est comme ça.

Revenons-en à notre Juppé. Mettons-nous à sa place.
En 2007, faut-il le répéter, si le système de sélection politique d'avant avait fonctionné normalement, si la double hystérisation judiciaire et médiatique n'avaient pas mené Alain Juppé et Laurent Fabius en des endroits où des hommes de leur qualité n'avaient rien à faire, l'élection présidentielle de cette année-là aurait dû voir s'affronter ces purs deux produits de la "Ve république à l'ancienne". Cela ne fut pas. Et ce sont finalement deux accidents de l'Histoire qui ont joué les premiers rôles avec le succès que l'on sait. A ce sujet, sur la baisse de niveau global au plus haut niveau de la représentation publique, j'invite les uns et les autres à visionner sur le site de l'INA le débat Giscard/Mitterrand de 81, à revoir le débat de 2007 entre les finalistes d'alors, puis à comparer, c'est assez édifiant.
Imaginez donc ce que doit penser Alain Juppé, Normalien, Enarque, inspecteur des finances, diplomate, qui naguère demandait à l'actuel chef de l'Etat d'aller chercher les bières pendant les réunions sérieuses à la direction du RPR, quand il contemple le même personnage ignorer les beautés de la Villa Médicis, consulter ses SMS face au pape, massacrer la langue fançaise à longueur de passages télévisés, se fâcher avec Obama pour des raisons de taille, forcer le chancelier allemand à lui faire la bise, passer plus de temps à camoufler ses étranges vacances au Mexique plutôt qu'à gouverner etc... Imaginez-vous l'insupportable sentiment d'injustice qui, chaque jour, doit douloureusement étreindre Alain Juppé?
Bref, Juppé s'est fait piquer sa place. Bref, à son âge il n'a plus rien à perdre. Bref, toute une partie de la droite française ne supporte plus le "Berluspoutine" de l'Elysée. Bref, les vestiges de la Chiraquie se cherche un champion au cas où. Bref, Juppé a subi ces dernières semaines "l'amicale pression de ces amis". Bref, Alain Juppé se serait montré sensible à tous ces "Reviens! Juppépé reviens!"
Bref, on se demande alors si on ne devrait compléter la phrase d'Alain Juppé ainsi: "Si mon expérience peut servir à em... l'usurpateur, pourquoi pas?"