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L’évoféminisme, encore un féminisme ?

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le 28/04/2009 à 14:36, vu - fois, - nombre de réactions
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Peggy Sastre est une journaliste scientifique et une épistémologue des études féministes. On pourrait croire qu'elle n'est pas très portée sur la ponctuation. Le doute est permis. En fait, son Ex utero, essai sur les féminismes et les conditions féminines, aurait-il gagné ou perdu à employer une virgule ? La réponse dépasse de très loin le champ de l'orthotypographie. Elle n'est pas tout à fait superflue, mais nous y répondrons plus tard...

Peggy SastreJ'ai commencé la lecture par la fin. Et non par la conclusion qui évoque un « évoféminisme » qui s'appuierait sur « une meilleure connaissance de l'évolution biologique » (pourquoi donc uniquement « féminine », d'ailleurs ?) et se départirait du « scientisme » des études féministes et des actuels mouvements qui en sont le champ d'investigation. La fin des quelque 180 pages de cet essai (format poche, 13 × 18,5 cm, cols. L'Attrape-corps, éds La Musardine) en est l'annexe, regroupant les propos d'Ovidie, de Florence « Flozif » Fradelizi, Darina Al-Joundi, Nora, alias Sskizo, Marcela Iacub, Judy Minx, Catherine Corringer, Rachel Laurent, Marie-Hélène Bourcier (auteure de Queerzones), Denyse Beaulieu, Lola Lafon, Violette Claude, et Catherine Robbe-Grillet (manquent Coralie Trinh Tri, Virginie Despentes, pourtant citées par ailleurs, et d'autres, et les raisons de cette absence feront l'objet d'une future question à l'auteure). C'est assez sévèrement gendré, dirait-on, et ces femmes sont connues pour avoir des gonades.

Les féministes hédonistes au balcon. Les hédonistes sont à l'honneur et les autres féministes ont dû sentir les tisons que Peggy Sastre leur colle aux fesses pour les marquer, sinon d'infamies, mais de traditionnelles coincées de la petite culotte, qu'elles en portent d'ailleurs ou non. C'est un peu injuste envers les féministes traditionnelles, dont les Chiennes de garde, qui ne sont pas aussi rabat-joie et peine au jouir que Sastre semble le penser. Mettons que leur stratégie d'intervention le laisse penser et que le genre (littéraire) polémiste tend à exclure la nuance. On aura compris que Sastre ne se range pas sous la bannière des abolitionnistes (de la prostitution) ou les oriflammes du bannissement de toute pénétration. Ces féministes traditionnelles que Rachel Laurent catalogue « mal nécessaire » ne seraient-elles pas plutôt - aussi - fort nécessaires mais insuffisantes ? Catherine Robbe-Grillet se méfie des généralités et estime que « personne ne devrait jamais parler à la place des autres ». Or, on attendait une Peggy Sastre pour parler de et pour les féministes hédonistes de manière un peu plus censée et posée que, parfois, elles-mêmes (« illes »-mêmes, écrira-t-on, pour ne pas exclure les hommes féministes de genres divers).

Tota mulier ex utero. L'expression latine aurait peut-être fourni un meilleur titre, mais beaucoup moins vendable. On peut comprendre que Peggy Sastre puisse considérer que les féministes, en leur majorité, et surtout les traditionnelles, se soient « tirés une balle dans le pied » en glorifiant la petite différence et ses grandes conséquences, soit la fonction reproductive. L'ouvrage traite de l'évolution de nos psychobiologies, d'une manière bien menée, qui permet de prendre son pied à déguster des trouvailles langagières, et il est truffé de témoignages développés qui réfutent l'infantilisation dans laquelle certaines féministes maintiennent les femmes (au sens de personnes de sexe féminin pouvant assumer leur sexualité), des femmes (mineures par exemple), en particulier, et l'état général de l'opinion plus largement. Il y est traité des divers phénomènes actuels, tels que la manière de reconsidérer le viol, le refus d'enfanter, et des pistes que pourrait ouvrir l'ectogenèse (enfantement hors d'un ventre maternel). L'expression Tota mulier in utero est attribuée à Hippocrate. À mon sens, on lui a fait dire tout et n'importe quoi, au fiston présumé d'Esculape. Sans doute que même Catherine Albertini, biologiste, lui prête des intentions qu'il n'avait pas. In Hypocras Veritas, Catherine ! Le détournement (retournement ? comme un gant ?) de la formule n'est pas que le fait de Peggy Sastre. C'est ainsi que les Mutantes appellent à l'extraction de leur condition féminine.

Ange au sourireLe sourire est-il le propre de la féministe hédoniste ? Grave question. La notion de féministe hédoniste, énoncée in cathedra (en séminaire d'études féministes dans le monde anglophone) par votre serviteur (mais d'autres, peut-être, avant moi, l'avaient formulée, allez savoir), est difficile à cerner. En général, les femmes féministes hédonistes ne sont pas trop antipornographie, prostitution, goudous fems, transsexuel·le·s, et certaines d'entre de vigoureuses camionneuses (non, ce n'est pas un pléonasme, il en est de graciles) ne sont pas totalement contre s'envoyer un homme-objet au plumard de temps à autres. C'est dire la transgression ! Qu'on ne me fasse pas dire, ici ou ailleurs, que les féministes traditionnelles sont des rabat-joie, des castratrices, car on rigole bien aussi avec elles, parfois. N'empêche, et sans jeu de mots, beaucoup sont parfois compassées, genre suffragettes mères-la-rigueur. Il en faut, sans doute. Mais face à ces courageuses mères et soldates et travailleuses soviétiques à la Jeannette Vermeersch, épouse Thorez, les hédonistes ont des petits airs facétieux et mutins à la Iona Staller (Ilona Anna Staller, dite la Cicciolina, vraie fille de Pest, candidate du parti écologiste Lista del Sole avant de devenir députée du Partido Radicale). En tout cas, le blogue-notes de Peggy Sastre, Mutant, est un petit chef d'œuvre d'humour du quotidien sur le mode dolce vita. Avec des formules marquées du coin du bon sens, telle « on ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va. ». Sastre n'est jamais autant pertinente que lorsqu'elle adopte un ton impertinent. Toujours est-il que si on devait créer un mouvement féministe de plus, style Féministes Unifié·e·s Mutant·e·s, l'adelphique ange au sourire rémois, dont on ne sait trop si la main qu'il remonte de dessous ses jupes sent la cyprine ou les glandes de Cowper, si ce n'était des effluves mêlées. Histoire de faire bon chic mais mauvais genre...

À la virgule près. Toulouse-la-Rose, auteur de La Véritable Biographie maspérisatrice de Guy-Ernest Debord consisérée sous ses aspects orduriers, cancaniers, folkloriques, malveillants, nauséabonds, fielleux et notamment vulgaires et du manque de moyens pour y remédier, avait, avant de passer chez Sens & Tonga pour un Du Singe au songe puis un Pensée, donc, avait commis, encore chez feue notre maison d'édition Talus d'approche, un Pour en finir, avec Debord. Son Ignobilis Splendor avait auparavant établi qu'il avait de bien mauvaises fréquentations (avec des filles de rien, souvent en cheveux, c'est dire, qui ne l'entretenaient pas que de leurs conversations). Dans son genre, Peggy Sastre, qui écrit « Perso, eu égard à l'extrême babouineté du travail, je suis pour son abolition pure, simple et complète », n'est pas si éloignée d'Isidore Cocasse, dit Toulouse-la-Rose. Oui, mais la petite différence, c'est la ponctuation. Peggy Sastre a certes marqué un, des points, avec son Ex Utero. Mais si on la chipote à la virgule près, et qu'on l'apostrophe, sa provoc' est inutile. Paradoxal pour un ouvrage indispensable. Il est clair qu'il faudra en finir avec le féminisme, sauf à vouloir en rester toujours et encore au stade du communisme pour ne jamais, surtout jamais, atteindre celui du socialisme. Peggy Sastre, très jeune garde (prenons-y garde), se la joue Marxien·n'invitant au dépassement. On ne peut donc la vouer au bûcher, fut-il celui des vanités d'auteur·e. Qu'elle remarque que des féministes officielles croiraient toujours (ou se forceraient de croire ?) « que la biologie est une complice de la domination masculine », ce n'est pas mal observé. Poursuivre par « force est de constater que le féminisme se perd aujourd'hui et persévère à parler dans le vent, dans le psittacisme d'un genre comme construction sociale, voire d'un langage comme unique dé »terminant de la domination des femmes » (du fait de quelques millénaires de pratique d'un langage qui seraient responsables de tous les maux des femmes, relève-t-elle ironiquement), c'est vite énoncé, et il y manque un petit quelque chose. Ainsi, c'est véniel, une virgule entre sociale et voire, que je n'ai pu m'empêcher d'ajouter supra. Conclure « il n'y a pas d'essentialisme de la femme, comme il n'y a pas de définition de la dignité humaine qu'on pourrait ranger dans un dictionnaire » est tout à fait légitime. Faire du passé féministe table rase en quelques formules bien senties est le symptôme d'une maladie infantile dont Peggy Sastre n'est pas frappée, heureusement. Mais quelques maladresses font qu'on ne pourra, en présentant ce livre, que les pointers, et une seule les résume toutes. Le titre est accrocheur, et correspond bien à cette collection plutôt grand publique que vouée au cénacle des spécialistes. Mais seul·e·s des spécialistes sauront départager celles et ceux que Sastre rassemble sous le vocable de « féministes officielles » et les autres qui, pour notoires qu'elles ou qu'ils soient, ont aussi permis à la pensée de Sastre de se développer, de dépasser cette officialité. L'enfer est parfois dans les détails.

Ex Utero, de Peggy Sastre, La Musardine édsGardons, aussi, les gosses. Avoir été de ceux qui gardaient les gosses de nos compagnes et d'autres lors des séminaires des groupes de femmes du PSU d'Huguette Bouchardeau, ne résume pas d'où j'écris. Cela ne fait pas de moi un opposant à celles qui refusent l'enfantement, la maternité, la condition de mère d'enfants, puis d'adolescent·e·s, puis de jeunes et moins jeunes adultes, ni le porte-parole des compagnons de route des féministes officielles telles que Peggy Sastre les rassemble un peu trop rapidement, à l'emporte-pièce.
Elle est sans doute consciente de ce que cette célérité comporte d'à-peu-près ou d'imprévoyance. Et assume donc les critiques sur ce point. D'ailleurs, « force est de constater » que débuter l'annexe par Catherine Robbe-Grillet considère les individualités comme telles et la finir avec Ovidie concluant « je milite plus pour une libération des individus et non pas de toutes les femmes, parce que ce groupe cohérent n'existe pas », n'est pas insignifiant, fortuit. Merci, Peggy Sastre, de ne pas tout à fait jeter le vieux bébé féministe avec l'eau du bain darwiniste (puisque Darwin est dépassé par des recherches ultérieures). Je n'ai même pas eu parfois l'impression de boire la tasse (même pas peur...). Peggy Sastre est parfaitement en droit d'ironiser, à propos de la hantise de la prostitution « Thierry Schaffauser et Maîtresse Nikita sont des hommes et Claire Carthonnet un transsexuel : elles ne savent pas ce qu'elles disent. ». Juste un truc : Thierry, Nikita et Claire peuvent, à mon sens, plus facilement s'exprimer après qu'avant Badinter ou Halimi. Bon, ce n'est qu'une opinion, et je ne sais pas ce qu'en dirait un Jean Genet ressurgi d'entre les morts. Mais si le « nouveau féminisme », devenu une officialité de plus, en venait, par des outrances, à ne plus considérer les individus mais à en faire des archétypes (du « vieux féminisme », par exemple), dans ce cas, pour moi : crosse en l'air ! Quitte à rester un être 01 à l'aube du Ouaibe-tsri-zéro.

Voir et savoir aussi :

Peggy Sastre, avec Charles Muller, est aussi l'auteure de Sexe Machines, 50 découvertes scientifiques qui changent nos idées reçues sur la sexualité (éds Mad Max Milo) et de Des Plantes pour votre cerveau (éds Médicis).

Un entretien avec Peggy Sastre qui prépare une suite à Ex Utero

Juan « Stalker » Asensio sur Peggy Sastre et Léo Scheer
Un autre blogue-notes de Peggy Sastre, Nihil ex nihilø
Le féminisme est-il soluble dans la carte biologique ?

Sur la « babouineté du travail », l'évolution depuis les primates, on pourra lire ou relire Lafargue, Orwell, Stevenson, Russell et quelques autres, mais aussi Will Self et ses Grands Singes et encore, bien évidemment, Des Singes, des cyborgs & des femmes, la réinvention de la nature, de Donna Haraway (eds Jacqueline Chambon, trad. de Oristelle Bonis et préface de Marie-Hélène Bourcier, déja mentionnée supra).



 

Par jtombeur Groupe Littérature et Livres (- Encourager)
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miluz
C'est tellement facile de taper sur ses soeurs. La critique du féminisme ne date pas d'hier, et diviser pour mieux régner non plus.

Ecrire, parler, etc... à côté d'agir, ce n'est pas grand-chose. Cette dame veut faire évoluer la biologique féminine? Rien que ça...

Juste une petite question à cette dame que je n'ai pas envie de lire parce que je n'ai pas de temps à perdre : est-ce qu'elle a déjà travaillé dans un milieu essentiellement masculin? Elle-ce qu'elle s'est déjà pris une grosse claque dans la tronche pour avoir osé s'affirmer? Je ne sais pas pourquoi, mais je reste persuadée que non. Bizarre.
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