
Barack Obama soutient l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Nicolas Sarkozy vient de redire son opposition. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes dans un théâtre d’ombres où chacun fait des déclarations pour des motifs qui ont peu à voir avec le sujet traité. Barack Obama qui n’a d’ailleurs fait que répéter la position américaine traditionnelle, a défendu l’adhésion de la Turquie à l’Union en échange du renoncement du gouvernement turc à bloquer la candidature d’un danois, Fogh Rassmussen, ancien Premier ministre conservateur, (qui n’a rien à voir avec le président du PSE), à la tête de l’OTAN.
Le gouvernement turc, de son côté, composé d’islamistes modérés, a fait une opération en direction de la partie extrémiste de son électorat en faisant mine de bloquer la candidature à l’OTAN d’un dirigeant danois, coupable d’avoir laissé publier les caricatures de Mahomet qui avaient déchainé les fondamentalistes du monde musulman ; cette position a permis, en outre, au Premier ministre turc, Erdogan, de négocier le retrait de son veto en échange d’une déclaration d’Obama en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’Union.
Quant à Nicolas Sarkozy, il a immédiatement compris l’utilisation qui pouvait être faite de la déclaration d’Obama : ressouder son électorat de droite autour du rejet de la Turquie, faire diversion par rapport aux vrais sujets, économiques et sociaux, qui se posent à notre pays ; montrer, à peu de frais, son « indépendance « vis-à-vis des Etats Unis alors qu’il vient de faire rentrer la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN.
Il reste que le problème de la Turquie dans l’Union se pose vraiment.
Bien sûr et il faut en parler sérieusement et non faire des coups dans le cadre de la campagne européenne, comme le fait N. Sarkozy.
Il faut maintenir une position de principe : la Turquie doit être traitée comme tous les autres Etats candidats. Ni moins bien au prétexte que ce serait un pays musulman et que l’Europe est une entité chrétienne (position de la droite française ) ni mieux, toujours au prétexte que l’Union devrait intégrer un pays musulman pour prouver son ouverture (position des Etats Unis notamment).
Le critère de l’Islam n’est pas un critère d’adhésion. C’est l’état des libertés publiques, le niveau économique et la capacité de l’Union elle-même à absorber un nouvel Etat qui, seuls, doivent entrer en ligne de compte. Aujourd’hui, la Turquie n’est pas prête, chacun le sait, le sujet n’est donc pas d’actualité et N. Sarkozy agite un épouvantail au seul motif, je le répète, de faire diversion.
Il faut, enfin, dire et redire qu’une adhésion d’un nouvel Etat n’est possible que si tous les gouvernements et les Parlements de l’Union européenne, voire les peuples en cas de référendum, en sont d’accord. Et les Etats Unis ne sont pas membres de l’Union…
Désirs davenir Paris
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