La première fois que j'ai vu Bénédicte Ann, elle m'a engueulée. Comme une écolière, j'étais prise en flagrant délit de bavardage...
Tout le monde me regardait, et j'étais de loin la plus jeune. Alors je me suis assise et j'ai écouté. C'était un cours du café de l'amour. Au programme de ce soir-là : rencontres et Internet.
Bénédicte Ann mettait beaucoup d'énergie et de talent pour mettre en garde les personnes présentes : comment ne pas se faire avoir sur le net, comment prendre toutes les précautions, comment réussir une rencontre, etc.
Sincèrement, au début, il y avait beaucoup de règles qui me paraissaient strictes sans raison et surtout un peu dépassées. Notamment celle qui m'a le plus étonnée, c'est celle de « ne pas coucher avant le cinquième rendez-vous ». La petite Jade était estomaquée. Eh beh...
Et puis j'ai regardé autour de moi. Les femmes, en grande majorité, avaient entre 40 et 50 ans. Certaines prenaient des notes. D'autres intervenaient librement pour témoigner ou demander un avis sur un cas personnel. Bénédicte répondait patiemment, franchement, sans froisser personne.
Comment ne pas rire de la situation (et je sens que beaucoup d'internautes vont se moquer) ? Simplement en se disant que ça peut arriver à tout le monde. Plus tard, Bénédicte me confia que toutes les semaines, il y a presque deux cents personnes qui veulent assister à son cours. J'ai arrêté de rire bien vite. Il faut voir la réalité en face : c'est pas facile de trouver l'amour. A vingt ans, on peut prendre le problème par-dessus la jambe. Vingt ans après, plus difficile d'avoir la même légèreté.
Blonde, ronde, belle, Bénédicte assume une grande expérience dans les histoires d'amour, sur internet, sur le minitel et dans la vraie vie. Son assurance m'a bluffée, son savoir et son phrasé aussi. J'ai demandé à la revoir.
Nous nous sommes rencontrées le surlendemain, près de ses bureaux et du Louvre. Pendant une heure, elle m'a raconté son parcours (elle a commencé par créer une agence de rencontres quand elle était encore étudiante en psycho et qui existe toujours). Les cafés de l'amour existent depuis quatre ans et connaissent beaucoup de succès. Elle les a exportés en Belgique et bientôt à Strasbourg.
Ma première question, c'était bien sûr (et je sens que vous allez rire) : pourquoi faut-il attendre le cinquième rendez-vous ?
« Vous êtes jeune, mais vous savez quand on couche, quand on fait l'amour, on donne de soi, on perd de l'énergie. Alors autant que ce soit avec quelqu'un qui en ait vraiment envie et que vous en ayez envie. Et puis c'est malheureux mais c'est ainsi, de la fille qui couche le premier soir, l'homme pense qu'elle le fait avec tous les autres, que c'est une salope ».
Sa personnalité était plus complexe que prévue. La différence d'âge a joué : d'interviewée elle est devenue questionneuse, et je me suis trouvée piégée par son regard et sa connaissance de la psychologie humaine : « Alors toi, t'es plutôt une oneshotiste? » (Fallait que je la sorte, j'ai adoré ce néologisme ! »
Ce soir, lundi 30 mars : séance avec Pierre-Yves Brissiaud sur "La face cachée de la résilience", à 20h à L'Ice Baär. Réservation obligatoire à lecafedelamour@gmail.com ou au 0612782630.