Sur Le Post, le journaliste témoigne: quand il a reçu la convocation, "les bras m'en sont tombés, j'étais aux antipodes de cette histoire".
L'histoire était lointaine. Pour tout le monde: les téléspectateurs, les journalistes mais aussi pour
Rue 89 et
France 3. Et pourtant, la vidéo
off de Sarkozy est réapparue dans les médias en raison des suites judiciaires de l'affaire.
En juin dernier, la tension entre
France Télévisions et Sarkozy est forte, le président de la République ayant décidé la suppression de la publicité.
Rue 89
diffuse une vidéo sur laquelle on voit Nicolas Sarkozy s'agacer notamment de l'impolitesse d'un technicien et menacer la rédaction en clamant "ça va changer tout ça." Puis il plaisante sur la placardisation de Gérard Leclerc... Avant de suggérer à
Paul Nahon de l'interroger sur le fait-divers du week-end précédent.
Depuis juin, le document a été vu plus de 2 millions de fois sur Dailymotion.
Mardi soir, Rue 89 annonçait via son site que Pierre Haski, le directeur de la publication et Augustin Scalbert, le journaliste qui, présent dans les locaux de France Télévisions ce jour là, a mis en ligne la vidéo,
sont tous deux convoqués à la Brigade de Répression
de la Délinquance contre la personne le 1er avril.
Sur Le Post Pierre Haski affirmait mercredi:
"On est serein, on a fait notre boulot".
Mercredi, on apprenait que deux journalistes de
France 3 sont également convoqués le même jour que
Rue 89.
Cela aurait un rapport avec la convocation, entre septembre et octobre, de trois techniciens et cadres de
France 3 à qui on a demandé d'identifier des journalistes filmés sur les bandes de vidéosurveillance de
France 3.
Sur Le Post, l'un des deux journalistes de France 3 convoqués s'étonne: "Je n'ai même pas été interrogé lors de l'enquête interne de France 3!"
Avez-vous été surpris quand vous avez reçu votre convocation?
"Oui, je n'ai même pas été interrogé lors de l'enquête interne de
France 3! J'étais aux antipodes de cette histoire. Et après coup, je me suis dit que comme je suis un journaliste qui gêne le pouvoir, ça ne m'étonnait pas tant que ça finalement. J'ai déjà de nombreuses procédures judiciaires sur le dos liées à mes enquêtes."
Vous étiez bien présent le 30 juin dernier lors de la venue de Sarkozy?
"Bien sûr, en tant que délégué du personnel, et en tant que salarié tout simplement. Mais je n'ai jamais donné aucun document à Augustin Scalbert, le journaliste de
Rue 89. Il était venu faire un reportage sur les manifestations et sur les coulisses en plateau pendant l'interview de
Nicolas Sarkozy. Je suis serein, je n'ai rien fait. Je ne comprends vraiment pas cette convocation."
Convocation reçue par un journaliste de France 3
Les soutiens à Rue 89 et aux journalistes de France 3 sont nombreux.
La Société des Journalistes de la chaîne s'est dite "choquée par ces convocations qui témoignent de l’empressement irresponsable de nos dirigeants à donner des gages de bonne conduite à l’Elysée. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Trouver à tout prix des coupables pour apaiser le courroux présidentiel. Si des fautes ont été commises, des procédures internes existent. Porter cette affaire sur le terrain judiciaire nous paraît totalement malsain et disproportionné."
"Il est enfin inadmissible qu’un groupe de presse comme le nôtre exige, par la voix de ses avocats, que nos confrères de
Rue 89 dénoncent ceux qui leur auraient fourni ces images. Une attitude honteuse qui méprise l’un des principes fondamentaux du journalisme, le secret des sources".
"Le président de la République aurait-il décidé de remettre au pas les journalistes de l'audiovisuel public coupables d'impertinence et de les attaquer individuellement au plan judiciaire?" se demande quant à lui le syndicat SNJ-CGT. Et le syndicat de rappeler la suppression du reportage sur le passé d'Hervé Novelli du site de
France 3 suite à la demande du secrétaire d'Etat qui ne souhaitait pas que l'on revienne sur ses liens avec l'extrême-droite et l'UIMM (l'Union des Industries des métiers de la métallurgie).
Ce jeudi, c'est la Ligue des Droits de l'Homme qui s'en mêle: "C'est une grave atteinte à la liberté de la presse (...) Les attaques incessantes du pouvoir et de l'UMP contre la presse, la multiplication des perquisitions, gardes à vue et autres procédés pour obtenir des journalistes qu'ils livrent leurs sources sont intolérables". Elle rappelle que "la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'Homme pour ses atteintes à la liberté de la presse."
Contacté par Le Post, France 3 ne souhaite pas faire de commentaire: "Nous laissons la police faire son travail. Mais comme nous l'avons déjà dit, nous n'avons jamais donné les résultats de notre enquête interne".