Eluana Englaro s'est éteinte ce dimanche soir à 20h10 à Udine (Italie), à la clinique "La Quiete", 4 jours après que son alimentation "artificielle" ait été interrompue, mais surtout 17 ans après qu'un accident de voiture l'ait plongée dans un coma irréversible. On ne peut que souhaiter un peu de paix à elle-même et à sa famille, mais cela semble incroyablement impossible.
Le Vatican, pourtant déjà fort occupé par l'évêque Williamson et ses déclarations négationnistes réitérées, a donné de la voix. À cela on pouvait s'attendre, c'est même légitime. Beaucoup moins que Eluana soit prise en otage par la classe politique italienne. Hier soir, à peine tombée la nouvelle, de la droite vers la gauche on criait à l'assassinat dans les bancs de l'assemblée, et même à l'euthanasie.
Silvio Berlusconi s'était senti obligé ces dernières semaines, peut-être par ses collègues de parti catholiques, de monter au front et de proposer un décret « Sauver Eluana » (« sauver la vie ») de toute urgence, exigeant la signature immédiate de celui-ci par le Président Napolitano. Ceci aurait empêché la famille Englaro de réaliser sa volonté de mettre fin aux soins d'Eluana, accueillie récemment dans la clinique d'Udine par des médecins que l'on peut définir courageux, après tant d'autres refus dûs à des pressions, parfois qualifiables de menaces et toujours politiques, envers tout établissement ouvrant ses portes à cette « assassinat prémédité ».
Une invitation. Tout en invitant Napolitano et Berlusconi à venir visiter Eluana à titre privé afin qu'ils se rendent compte de l'état dans lequel elle était plongée, et de qui elle était aujourd'hui, le père d'Eluana fît remarquer il y a quelques jours qu'en 2004 il avait déjà écrit aux « Présidents » d'alors (Ciampi, Berlusconi, Pera, Casini, et aussi le ministre de la santé Sirchia et le président de l'ordre des médecins Del Barone ) afin qu'on accueille leur volonté de mettre fin aux soins. Seul Ciampi avait répondu. On pourrait dire « pris le risque » de lui répondre. Le reste de la classe politique au pouvoir s'était bien gardé d'exprimer un avis.
Réponse des politiques à l'invitation de Beppino? Un diktat: une éventuelle visite « à condition que l'alimentation d'Eluana reprenne », et une inspection lancée sur la clinique dans le clair but de tout bloquer, par quelque moyen que ce soit.
La Constitution. Silvio Berlusconi a profité du refus du président de la République de signer le décret « Sauver Eluana » pour créer un front parallèle, déclarant que la Constitution italienne était à modifier, car trop inspirée à l'époque de son écriture par le modèle soviétique. Tollé général, démenti immédiat. Le train-train habituel, mais sans doute son attaque politique la plus violente depuis des lustres.
Décence. Son père Beppino s'est toujours refusé à publier des photos de sa fille dans son état actuel, ce qui aurait pu certainement clarifier bien des choses et dépasser le débat non pas éthique mais politiquement nauséabond encore en cours ce matin.
Euthanasie. Maurizio Gasparri, porte-parole du Pdl au Sénat, n'a pas hésité à déclarer à chaud hier soir qu'un acte d'euthanasie avait été pratiqué, certainement même accéléré. Ce matin, Silvio Berlusconi accuse le Président Napolitano d'être responsable de la mort d'Eluana.
"Eluana enfin libre". Quant à Beppino, si cela intéresse encore quelqu'un, il a simplement demandé à ce qu'on le laisse en paix.