Depuis janvier-février 2007, Nathalie Morin, mère de Samir, Abdullah et Sarah Al-Shahrani-Morin, demande à revenir dans son Québec natal avec ses enfants. Mais son mari, Saeed Al-Sharani ( dit Al Bishi), citoyen saoudien, ne veut rien entendre. Depuis avril 2008, le cas de Nathalie Morin est devenu une sorte de « cause nationale » québécoise. Mais depuis Noël 2008, ni sa famille québécoise, ni personne d'autre hors d'Arabie n'a obtenu de nouvelles de cette jeune femme de 24 ans.

Un mariage d'amour. C'est en septembre 2001 que Nathalie Morin, qui n'a pas encore 17 ans, fait la connaissance d'un Saoudien, Saeed Al Bishi. Lequel n'est en fait pas vraiment étudiant et se faisait appeler Al-Shahrani alors. Il sera, faute de présenter une justification à son séjour, déporté en Arabie Saoudite en septembre 2002, ce en dépit du fait qu'en juillet, Nathalie a donné naissance à un garçon, Samir. Les Hortefeux, Besson, Sarközy, Le Pen, de Villiers et consorts ne sont pas une exception française…
« Mariés » depuis 2003. Le mariage se fera en Arabie car Nathalie s'y rend deux fois. Confiante, elle part s'installer avec son mari en mars 2005. Elle rentrera encore une fois à Montréal, seule, laissant ses enfants en Arabie. Mais de février à mars 2008, Saeed Al-Shahrani (qui se fera apppeler plus tard, de retour en Arabie, Al Bishi) est en quête d'argent. Avec l'assentiment de Nathalie Morin ou totalement à son insu (ce qui reste à déterminer), il fait appel à l'aide publique après avoir demandé de l'argent à la famille de son épouse pour qu'elle puisse rentrer à Montréal. La famille s'élargit avec la naissance d'une fille, Sarah (née en nov. 2008), après que Nathalie Morin se soit découverte enceinte (contre son gré, plaide sa famille québécoise) en juillet 2008.
Un comité de soutien. C'est à l'été 2008 que l'affaire prend de l'ampleur. Un comité de soutien est créé. Johanne Durocher, mère de Nathalie Morin, multiplie les entretiens avec des personnalités politiques et la presse. Quelques polémiques naissent. Dans un pays où les féministes sont très présentes et actives et où des groupes masculinistes virulents leur donnent la réplique, où le nombre des immigrés non-Européens crée une mosaïques de communautés, l'affaire prend d'importantes proportions. Avec parfois des commentaires qui frôlent la xénophobie.
Un cas complexe. Il se pourrait que, légalement, le couple ne soit pas réellement marié si l'on en croit madame Durocher. Saeed (Said) Al Bishi aurait déclaré qu'il avait épousé Nathalie Morin au Canada, alors que celle-ci était encore mineure et qu'un tel mariage nécessitait une autorisation parentale. Il est difficile, en l'absence de témoignages directs, de déterminer si le couple veut que le mari et père des enfants puisse obtenir la nationalité canadienne (pour revenir s'installer au Québec) ou si Nathalie Morin est bien séquestrée par son compagnon, lequel est considéré comme son « époux » en Arabie Saoudite. Mais en tout état de cause, Nathalie Morin a réitéré des déclarations auprès de l'ambassade du Canada à Ryad, affirmant qu'elle souhaitait rentrer au Canada.
De nombreux autres cas. Nombre de femmes étrangères aux pays dits occidentaux, mariées avec des étrangers et parties plus ou moins de bon gré avec eux dans le pays natal de leur conjoint ne s'adaptent pas. Parfois, des enfants scolarisés en France, ou dans d'autres pays européens ou américains notamment, transplantés dans un environnement fort différent au moment de la pré-adolescence ou de l'adolescence, ne s'adaptent pas non plus à de nouvelles conditions de vie, notamment les fillettes et les très jeunes femmes. Les cas des femmes « occidentales » retenues contre leur gré finissent toujours, si des liens avec l'extérieur ont pu un temps être préservés, par émouvoir les opinions publiques occidentales.
Perplexité. Nathalie Morin aurait voulu se présenter à l'ambassade du Canada à Ryad et se serait fait éconduire ou, selon une autre version, son mari lui aurait déclaré que l'ambassade ne voulait pas l'accueillir. Version probable, car les services diplomatiques canadiens n'allaient certes pas refuser de recevoir une ressortissante. Est-elle victime d'un chantage de la part de son mari qui voudrait obtenir la citoyenneté canadienne ou un permis de travail permanent ? Désire-t-elle revenir avec ses enfants et sans (ou avec) son mari au Québec ? Elle se serait en tout cas déclarée prête à rentrer seule. Pourquoi cette possibilité lui (ou leur) est-elle refusée ou ne peut être ouverte. Au delà du cas précis, sur lequel, faute d'information, faute d'enquête de terrain sur place, en Arabie saoudite, il est permis de se montrer circonspect, il convient de s'interroger sur le sort que nos sociétés réservent à des couples, à des familles, qui peuvent se former dans un pays, envisager le départ, et ne plus pouvoir revenir vivre dans les pays où ils se sont formés.