L’ex-ministre de l’immigration, Brice Hortefeux s’est donc vanté de près de 30 000 expulsions de clandestins en 2008.
Ce chiffre élevé sonne comme une douce mélopée aux oreilles des nationalistes assouvis. On peut imaginer que ce bilan assure à Nicolas Sarkozy la meilleure considération possible de l’extrême droite, toujours fortement utile en période électorale…
Mais selon l’Humanité, certains fonctionnaires de police sortent de leur réserve et dénoncent une politique du chiffre tout en s’interrogeant sur la finalité de l'objectif du ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire.

L’Humanité a ainsi recueilli les témoignages anonymes d’agents de la police de l’air et des frontières (PAF):
"Depuis la création de ce ministère, on a le cul entre deux chaises. Parce qu’on est tiraillé entre deux missions : d’un côté faire notre boulot, notamment la remontée de filières, et de l’autre faire du chiffre. Ce qui veut dire arrêter le plus possible d’étrangers en situation irrégulière… "
Mais cette recherche du chiffre à tout prix commence à poser problème :
"Parce qu’on est aussi pères de famille et qu’en face de nous, on n’a affaire qu’à des victimes du système."
"Non seulement la police est de plus en plus gérée comme une entreprise privée, mais, surtout, on nous demande là de régler un problème international."
A Calais par exemple dans le nord de la France, nombreux immigrés sont interpellés alors qu’ils tentent de partir en Grande Bretagne :
"Évidemment que ça fait mal au cœur de voir des pauvres bougres prendre de plus en plus de risques pour passer en Angleterre ! On les retrouve entassés à l’arrière des camions ou écrasés sous leurs roues. Sans parler des gosses de quelques mois avec leur mère à la rue, des bagarres entre passeurs, de ces bois près de Calais qu’on appelle "la jungle"… Mais la Grande-Bretagne sera toujours au même endroit. Et les candidats au départ toujours aussi nombreux."
"Toujours aussi nombreux"… C’est comme si la logique des chiffres n’était qu’un eternel recommencement… Une suite d'expulsions "ad vitam æternam"
Car faut-il croire que l’augmentation des "reconduites à la frontière " entrainera nécessairement la diminution de l’immigration ?
Et si l’objectif premier de cette politique d’immigration était simplement de satisfaire la demande d’un électorat désireux de se complaire dans des résultats tristement arithmétique? Assouvir les pulsions nationalistes les plus primitives en vue de créer une sorte d’addiction à l’expulsion sans même fournir l’assurance qu’elle solutionne le problème en profondeur ?
Qu’importe la dignité humaine, pourvu qu’on ait l’ivresse !?
Une jeune recrue travaillant à la frontière franco-italienne va quitter la police dans un an :
"Parce qu’on ne parle même plus d’humains, on ne parle même plus d’affaires. On ne parle que de barrettes, de chiffres. S’il y a encore quelques années, on privilégiait encore le qualitatif au quantitatif, aujourd’hui, c’est fini. Au point que, paradoxalement, il n’est même plus intéressant d’arrêter un passeur : non seulement cela va prendre du temps, ce qui est très mal vu par notre hiérarchie, mais, surtout, parce que c’est lui qui vous fournit votre matière première, qui vous permet de faire votre quota d’interpellations. Je ne suis pas devenu policier pour ça."
Azouz Begag ex-ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances sous Villepin et proche de Bayrou se demandait, non sans provocation, hier sur BFMTV comment pouvait opérer les policiers pour obtenir ce résultat de 30 000 expulsés:
(Source BFMTV - 16/01/2009)
La recherche du chiffre dans la politique d’immigration peut-elle vraiment « institutionnaliser la xénophobie » en France ?
Eric Besson, qui va désormais reprendre les rênes du ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, a dit vouloir insister sur le "i" d’intégration.

Mais après avoir entendu ça, la jeune recrue travaillant à la frontière franco-italienne se "marre" : "Il faut moins de douze heures pour boucler une procédure d’expulsion. S’intégrer, on ne lui en laisse même pas l’occasion"