Pau : information régionale
Il se tient recroquevillé contre son père adoptif, dans un coin de la salle
d'audience. Aussi loin qu'il peut du box, où se tiennent ceux qui, le dimanche 11 novembre 2007, lui ont fait vivre l'horreur.
Sept jeunes gens ont été condamnés hier par le tribunal correctionnel de Pau pour l'enlèvement et la séquestration de ce jeune handicapé de 19 ans, à qui ils ont infligé une séance de torture en règle.
« Je vais faire passer des photos pour que tout le monde sache de quoi on parle », commence le président Poumeau de Lafforest. Sur le cliché, un visage tuméfié. « Quand son père l'a retrouvé, il ne l'a pas reconnu. Et lui non plus n'a pas pu le reconnaître : on lui avait fermé les yeux à coups de poing », poursuit le magistrat.
À l'origine des faits, une dette de 40 euros de cannabis contractée auprès l'un des prévenus par un membre de la communauté des gens du voyage. « Comme c'était trop difficile de s'en prendre à lui, on s'en est pris à la victime, l'une de ses amis, dont on connaissait la vulnérabilité », accuse le procureur Raignault. Voilà comment l'adolescent s'est retrouvé massacré pour une somme d'argent qu'il ne devait pas, par des gens à qui elle n'était pas due. Car le créancier n'a pas participé au tabassage. Des amis l'ont fait pour lui.
On enlève donc le jeune homme, défendu hier par Me Barnaba. On l'enferme dans un appartement de la rue des Orphelines. Et on appelle des renforts par téléphone : « J'ai un punching-ball comme à la fête foraine chez moi ».
Prison ferme
Coups de poing, de rangers, de baffles, brûlures de cigarette... Rien n'est épargné à celui qui, cruel hoquet de l'histoire, avait déjà subi des sévices dans sa petite enfance. Pour fuir, il tente de se défenestrer. Son calvaire ne prendra fin que grâce au traquenard monté par la police contre ses ravisseurs, qui réclamaient 360 euros de rançon à son père, représenté hier par Me Casadebaig.
Ceux qui ont fait cela sont aussi des éclopés de la vie. L'un deale depuis son adolescence. Un autre tente d'arrêter des camions sur l'autoroute en dansant le hip-hop. Tous ont des carences éducatives. Les deux principaux prévenus, Florent Lelaidier (Me Seck) et Sanyslas Dercourt (Me Sagardoytho, qui a vilipendé le « populisme judiciaire » de l'accusation), écopent de 3 ans et demi de prison ferme, et un an et demi avec sursis. Othman Bani (Me Lombard) et Nicolas Gautier (Me Arcaute), de deux ans ferme. Jeremy Severan (Me Selles) aussi. Mais contrairement aux précédents, il n'avait pas été placé en détention provisoire et comparaissait libre. Il a été écroué hier soir.
Le créancier, Stéphane Bages, absent à l'audience, est lui aussi condamné à deux ans ferme. Le tribunal a décerné un mandat d'arrêt à son encontre.
Auteur : Gwenaël Badets