Il pensait que tout s'était arrangé. Il a eu tort.
Reçu il y a quelques jours par
l'inspection académique de l'Hérault, Bastien Cazals, ce jeune directeur de l'école maternelle Louise-Michel de Saint-Jean-de-Védas (Hérault), en est ressorti le sourire aux lèvres, rassuré et libéré par ce qu'il craignait être le rendez-vous de la mort. Mais son enthousiasme ne va durer que quelques jours.
Car la «désobéissance pédagogique» coûte cher
Une petite dizaine d'enseignants devraient subir une retenue sur leur salaire du mois de décembre en raison de leur refus d'appliquer la loi, selon le ministère de l'Éducation nationale.
Bastien Cazals a déjà fait les frais, puisqu'il a reçu lundi une lettre l'informant que son inspection d'académie «procéderait au retrait de 5/30e de son traitement pour manquement aux obligations de service», ce qui équivaut à «cinq jours de salaire en moins, soit 294 euros» en décembre.
Tout cela pour une lettre ?
Bastien Cazals avait pourtant bien expliqué son choix, et très sincèrement, dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, le 25 novembre, dénonçant les mesures prises par le ministre de l'Éducation. L'enseignant ne se définit pas comme un «opposant systématique», et il ne cherche pourtant nullement à devenir un «emblème de cette contestation.»
Et comment ne pas le croire, quand on lit la lettre qu'il a adressée à la fois au Président de la République et à l'inspection académique ? (La Lettre)
Originaire de Pau, Bastien Cazals est entré à l’éducation nationale en 2002. Avec des idéaux plein la tête. « J’ai un diplôme d’ingénieur en génie industriel, j’aurai donc très bien pu aller ailleurs. Mais, plutôt que de faire grimper les chiffres d’affaires, j’ai préféré faire grandir les enfants! »
Bastien Cazals envisage de déposer un recours en justice contre la sanction qui vient de le frapper.
Les sanctions pleuvent sur les profs et les directeurs d'écoles
C'est tout juste s'ils ne sont pas traités comme des terroristes eux aussi. Ces profs continuent pourtant à faire cours normalement, d'autres organisent une pièce de théâtre avec les enfants, d'autres encore reçoivent les parents d'élève, ou organisent des «ateliers des savoirs».
Mise en garde stalinienne digne d'une république bananière
Pour l'inspecteur d'académie de Paris, où quelque 400 enseignants ont décrété qu'ils n'appliqueraient pas la loi, ces attitudes sont «inadmissibles» : il leur a envoyé une lettre, indiquant qu'ils risquaient une retenue de salaire. «Nous allons passer dans les écoles et discuter avec eux pour les convaincre qu'ils font fausse route, explique-t-il, mais si nous rencontrons des opposants farouches, la sanction sera appliquée.»
Et pourtant, dans la petite école Louise-Michel, la solidarité des collègues est totale. Les syndicats d'enseignants continuent à appeler leurs adhérents à ne pas appliquer la réforme de l'école primaire. Plus aucun n’effectue l’aide personnalisée. Sans que cela n’offusque les parents d’élèves. Au contraire. «La grande majorité est derrière moi. Ils ont même fait une pétition de soutien qui a réuni 130 signatures.»
L’Élysée, de son côté, a tenu à répondre à sa lettre. «Ils m’ont dit avoir pris connaissance “avec intérêt’’ de mes attentes et réflexions», sourient Bastien Cazals. Le «désobéissant » se veut philosophe: «Si je peux avoir un petit effet pour sauver l’école républicaine, cette chose magnifique imaginée par l’homme, ce sera déjà ça.»
Bastien Cazals a été reçu par l'inspection
académique
Une école pour Victor et Hugo (communiqué de presse de Bastien Cazals)
Arrêt sur images : Bastien Cazals,
retenez le nom, par Daniel Schneidermann
Le cri d'alarme et l'entrée en
résistance d'un directeur d'école
Réforme Darcos : quand les
profs font de la résistance (France Info)
Bastien Cazals