Cet article de Rue89, «Les images de Sarkozy en ‘off'
avant son interview sur France 3», signé Augustin Scalbert, me désole. J'ai un peu honte pour la rédaction de Rue89 de laisser passer ce truc un peu dégueulasse, acquis dans des circonstances douteuses et qui n'apporte aucune information. Quand l'engagement politique, l'urgence de l'instant et la course au «scoop» obscurcissent à ce point les devoirs professionnels du métier de journaliste... Et, je ne parle même pas de droits qui appartiennent à France Télévisions, nous sommes sur Internet, nous nous en foutons un peu... Par ailleurs, il serait souhaitable qu'il y ait des sanctions sévères au sein de la rédaction de France 3. Il est tout à fait déloyal et irrespectueux que ce genre de séquences sortent dans la nature, quelque soit l'invité. Ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy est président de la République qu'il devrait «bénéficier» d'un statut d'exemption de tout cadre éthique et juridique.
P.S. Sans surprise, LePost, «le mix charognard de l'info» dirigé par Benoït Raphaël, n'est pas en reste et embarque dans le train. (Pas de lien, vous savez la très piètre estime que j'ai pour ce site)".
Édifiant non ?
Si les médias traditionnels n'étaient pas si affaiblis en raison de leur consanguinité avec les pouvoirs politiques et économiques (quels qu'ils soient), on pourrait s'amuser de ces propos.
Si les sites d'information ne peinaient pas tant à trouver un modèle - notamment économique - qui leur permette de (sur)vivre on pourrait juste se taper sur les cuisses.
Mais, ce que ce discours révèle de l'état d'esprit d'une partie de ces champions auto-proclamés du net est si profond, qu'il ne faut pas sourire de ce pauvre cours de maintien et, plutôt, le traiter comme il le mérite.
En renvoyant le commentateur, si sûr de son fait, de son talent et si bouffi de certitudes, à sa - très - médiocre compétence en matière d'information.
Parce que, justement, rien n'est plus informatif qu'un "off".
Parce que, justement, rien n'est plus révélateur qu'une séquence comme celle-là et ce, quel que soit l'intéressé.
Parce que, justement, la différence entre la communication et l'information suinte uniquement dans ces interstices où la vraie personnalité affleure et se révèle.
Parce que, justement, tout politique et tout journaliste installé(s) sur un plateau sait/savent évidemment que, dix minutes avant l'antenne (et après encore), des caméras tournent, que les micros sont ouverts et qu'on les enregistre en régie... Et que, donc, tout peut sortir. Président ou pas.
Parce que demander des sanctions (!) est un comportement de mauvais flic à deux balles.
Parce qu'évoquer les droits de rushes non diffusés à l'antenne devrait faire rire pas mal de monde. Parce que Gloaguen, enfin, ne sait absolument rien des devoirs d'un journaliste. Le premier est simplement le devoir d'irrespect...
Pour toutes ces raisons et parce que j'en ai ras le pompon des arguments d'autorité dispensés au quotidien par la bande des scribouillards&associés, ce off, le revoilà.
Mes moments préférés ?
La Patek à 45 000 euros, offerte par Carla B., qui n'est visiblement pas à l'heure... Et qu'il faut remonter. Ça c'est juste pour faire plaisir à Gloaguen ; c'est un peu après 2 minutes 05.
Et surtout, surtout - soyons sérieux - après 5 minutes 40, la manière doucereuse (une douce terreur) mais terriblement efficace qui va permettre au président, venu parler d'Europe, de demander d'imposer à Paul Nahon (la bonne nouvelle de la soirée c'est qu'il est en forme...) de l'interroger sur le fait-divers tragique de la caserne de Carcassonne.
Lorsque l'on sait toute la place du compassionnel et de l'émotionnel dans le dispositif/registre médiatique présidentiel, on comprend évidemment son souhait qui sera exaucé au delà de ses espérances, après les titres de 19h30, comme promis...
En revanche, on n'est pas forcément obligé de considérer que Paul Nahon ait eu tout à fait raison de réagir à la demande, comme il l'a fait...
Son "Yes" final pourrait même rester dans les annales.
Tout ça, Laurent Gloaguen, cela se nomme justement de l'information !
Et je n'évoque même pas les considérations présidentielles sur la mise au placard de Gérard Leclerc...
Pour que les choses soient claires, enfin, ce n'est pas l'attaque minable contre Benoît Raphaël, rédacteur en chef du Post, qui motive mon propos mais bien la charge contre Rue89.
D'ailleurs, le plus est amusant, le plus cocasse même, est que Gloaguen associe Le Post qui reprend et Rue 89 qui révèle, tant les deux sites ne sont pas du tout comparables, pour parler par euphémisme.
Depuis, d'ailleurs, la plupart des sites d'info ont évidemment repris ce "off" qui est, nul ne peut déjà plus en douter - sauf un putain de blogueur influent (!) - un véritable document sur les rapports entre la politique et l'information (de service public) en France.