Elle a 31 ans, une tache sur la peau avait été un peu négligée jusqu'à ce qu'elle soit opérée. C'était un mélanome.
Image d'illustration - Source Wikipédia
V. a 31 ans, mariée, mère de deux enfants, elle fréquente mon cabinet médical depuis 2002.
Début 2006, une "boule" était apparu sur la cuisse droite, ce qui nous avait fait examiner sa peau. Quelques taches de rousseur par-ci, par là.
Une connaissance de la famille, jeune femme elle-aussi , était récemment décédée suite à l'évolution d'un cancer de la peau (le
mélanome), ce qui avait bien évidemment mis en ébullition tout le voisinage, et même au-dela. Les rumeurs, les "on-dits", et tout le réseau campagnard des nouvelles du voisinage avait fonctionner à fond. Tout le monde était au courant.
Cette "boule" avait été montré à un chirurgien, qui avait diagnostiqué un
lipome. Comme ce lipome était peu génant, il avait été décidé de ne pas intervenir.
Fin 2006 une petite tache s'était modifié sur la peau de la jambe droite, près de sa cheville.
Pas très inquiétante certes, mais pas très rassurante non plus. On observait plusieurs couleurs allant du brun au noir. Pas très grande, moins de 5mm de diamètre, mais avec tendance à s'agrandir avec les semaines. Le pourtour de la tache n'était pas très net.
Je lui avais fait un courrier pour qu'elle reconsulte ce chirurgien pour "avis".
Occupée par ses enfants, par son travail, et certainement peu motivée par l'épisode de la boule qu'on avait décidé d'ignorer, aucun rendez-vous ne fut pris.
Pour une raison qui m'est inconnue, elle s'en inquiéta à nouveau il y a quelques mois, début 2008, elle demanda alors, par téléphone, un nouveau courrier afin qu'elle puisse bénéficier d'une consultation dermatologique.
A vrai dire, je ne l'avais pas revu personnellement depuis le précédent courrier, et je ne savais plus de quoi elle se plaignait, à quoi ressembler la lésion.
C'est à la mi-mars qu'elle vint un jeudi soir tard en consultation, sans rendez-vous (salle d'attente bondée pour changer... mais bon je le dis assez souvent ça ;) ) , avec son mari, le visage tiré, les yeux rouges.
Elle: "
Docteur, on m'a opéré la semaine dernière, je viens de recevoir un coup de téléphone, c'est un mélanome, il faut que j'y repasse".
Moi: "
Comment ça ? On vous a opéré où et de quoi ? Vous avez un courrier du chirurgien ? Un résultat anatomopathologique ?"
Elle: "
La tache sur la cheville, ca n'a pas plus au dermatologue qui m'a envoyé au chirurgien, qui me l'a opéré. La, l'hopital vient de m'appeler au téléphone, ils m'ont dit que c'était un cancer, un mélanome, et qu'il fallait en enlever plus, c'est prévu pour le mois prochain. Je sais pas si je tiendrais jusque là. Il faut que vous m'enleviez les points aussi."
Moi: "
Montrez moi ça ..."
Je lui enlève les points. Il y en avait trois.
La petite tache en bas a droite, presque sur le talon. Voila à quoi ressemblait le premier , mais il était plus gros.
Source de stress intense pour ce couple.
Je peste contre l'hopital, bon sang, ils auraient pu m'appeler pour me le dire
avant, plutôt que de le balancer en pleine poire comme ça à ma patiente.
Moi: "
Ils font chier ! Non seulement ils ne m'ont pas tenu au courant, non seulement ils vous l'annoncent comme ça un soir à 18h, mais en plus ils vous font poireauter 1 mois pour la suite des soins."
Elle: "
Je risque de mourir, c'est ça ? Comme X. l'année dernière !!"
Moi: "
Attendez, Attendez ! C'est clair, c'est pas une bonne nouvelle que de se retrouver avec un mélanome. Mais en l'état, on peut pas dire grand chose, si ce n'est qu'effectivement, il faut reprendre la chirurgie pour passer à au moins 0,5 cm autour de cette cochonnerie. pas question que vous attendiez 1 mois pour la suite, non pas parce que le cancer risque de diffuser partout en un mois, mais parce que au niveau psychologique, la pression va être trop grande.Je passerais quelques coups de fils demain et je vous recontacte."
Le vendredi.. j'arrive à avoir l'hôpital, qui me faxe le compte-rendu anatomopathologique (la preuve du cancer et ses caractéristiques au niveau cellulaire), par contre impossible de mettre la main sur un chirurgien. Celui de l'hopital en question est overbooké pour la semaine suivante me dit la secrétaire, puis prends des congés, impossible d'avoir le rendez-vous plus tôt, et "
de toute manière, c'est pas urgent". Mouhais... c'est pas urgent, mais si tu te mettais 5 minutes à la place de la patiente, tu te bougerais les fesses, pintade.
Déjà sur le compte-rendu, une bonne nouvelle, certes c'est un mélanome authentique, mais mais... son épaisseur n'est pas énorme, 0.3 mm (habituellement les risques d'extension, donc de diffusion du cancer, sont majorés à partir de 0.7mm), et en plus, il semble que le chirurgien soit passé bien à distance.. dans le jargon médical... en "
coupe saine".
Je rappelle V., qui certainement doit attendre mon appel , pour lui donner quelques nouvelles. Je lui explique la "coupe saine", lui explique les informations sur l'épaisseur, et lui dit que j'ai fait chou blanc pour l'accélération du rendez-vous. Qu'elle ne s'inquiète pas, j'appellerai le Lundi une clinique, le premier chirurgien qu'elle avait vu pour "la boule".
Le lundi, j'arrive à joindre avec grand mal (il me faut presque 3/4 d'heure... autant de temps que je ne donnerai pas aux patients qui s'impatienteront le soir même à poireauter jusqu'à 22h) le chirugien en question. Il est bien sur lui aussi surbooké, mais comprends bien le stress, et me propose de recevoir V. , 2 jours plus tard. Ouf.
Elle le voit, il lui explique longuement et calmement, avec les éléments que je lui ai fait passer, les risques limités mais bien réels de ce mélanome. Il lui explique aussi ce qu'il va faire, pourquoi il faut réoperer. Il interviendra dans 10 jours, et enlèvera aussi la "tache" du talon, entre-temps elle verra l'anesthésiste. Comme l'intervention va faire un "gros trou profond" , une
greffe de peau sera faite pour favoriser la cicatrisation, cette première peau (le "greffon") sera pris sur la cuisse.
Je l'ai revue la semaine dernière, peu de temps après l'intervention, fraichement "pansée" par l'infirmière. Je n'ai pas dépaqueté le tout, sachant qu'il fallait que j'enlève à nouveau les points ces jours-ci.
Revue donc ce lundi, pour surveillance, et ablation des points.
Elle me dit que les infirmières galèrent avec les pansements sur la cuisse là ou on a prélevé le greffon. Bizarrement, le chirugien a prescrit de l'éosine... et des compresses standars stériles. Manque de bol, la pharmacie a filé des compresses "tissés" (mais pourquoi ca existe ces cochonneries...).
Or les "tissés" forment une espèce de grillage dans lequel la peau qui se cicatrise s'enchevètrent , et chaque fois qu'on enlève le pansement, on enlève toute la peau avec... Cool.
Délicatement, j'essaye d'enlever le pansement, tu parles, Charles... tout vient avec. C'est décidé, on stoppe l'éosine dont je ne vois pas trop l'intéret là .. et on met un pansement spécial type mépitel, qui devrait permettre une meilleur cicatrisation.
Emplacement de la zone de prélèvement du greffon cutané.
On défait le pansement de la greffe elle-même... ça à l'air d'avoir bien marché, d'avoir bien pris. Peut-être une petite zone un peu nécrosée (noiratre donc peut-être morte..) .. mais elle représente moins de 10%. Ca devrait aller.
Auto-Greffe de peau pour réparation de chirurgie de mélanome
On attend encore les résultats anatomopathologiques pour être sur que là encore, la "
coupe soit saine".
Mais V. et toute sa famille sont pour l'instant beaucoup moins angoissés.
Sources et liens :
-
lipome sur wikipédia
-
mélanome sur wikipédia
-
greffe cutanée sur wikipédia