Il aime les flics, il comprend la violence des marins-pêcheurs. Et si les seconds provoquent un drame au sein des premiers ? (photos AFP)

L'actuel président de la république divise les mouvements revendicatifs en deux catégories.
On trouve en premier ceux des étudiants et des fonctionnaires.
Convaincu qu'ils sont peu appréciés par les Français, Nicolas
Sarkozy outrepasse sa fonction en maniant la provocation et l'insulte. Et la machine suit. Des moyens répressifs et judiciaires disproportionnés ont été mis en œuvre par exemple lors des mouvements contre le
CPE et la loi Pecresse.
De l'autre, on trouve les marins-pêcheurs et les agriculteurs, qui trouvent eux une attention compassionnelle auprès du Président. On se souvient du
discours justifiant les violences de ces
corporations.
Pêcheurs et agriculteurs ne boxent pourtant pas dans la même catégorie, c'est le cas de le dire. La violence et les dégats occasionnés lors de leurs manifestations ne sont en rien comparables avec les blocages de fac. Justement.
Nicolas Sarkozy est fasciné par la violence quand elle vient de ce qu'il considère la vraie France. Les gens du labeur (pêcheurs), les secteurs traditionnellement à droite (paysans). Il s'agit d'une violence d'hommes mûrs, de père de famille, une brutalité de groupe, planifée et assumée comme telle. Et toujours symbolique : le vrai peuple contre l'Etat corrompu marionnette de Bruxelles.
Cette violence a toujours paralysé les gouvernements. On se souvient du saccage du ministère de l'Environnement si peu puni sous Jospin. Là encore, symbole : l'écologie, marotte des bourgeois, mise à terre par le "réalisme" des gens de la terre.
Mais Nicolas Sarkozy est le premier à en faire un axe de sa politique.
Invitation à la baston

Et l'homme aime ça. Il aime parader entouré de gros bras à oreillette. Il aime que l'on fasse le vide avant ses déplacements. Petit gabarit protégé par des policiers, il provoque, il humilie. Lors de l'arrestation de membres d'ActUp lors d'un de ses déplacements, en 2005, il s'est tout simplement foutu d'eux. Edifiant. Quand d'autres hommes politiques préfèrent presser le pas accompagné de leur suite, lui restait là, savourant la scène de trois militants maintenus à terre.
Sarkozy devrait se méfier. C'est parce que des CRS ont eu des blessures de guerre lors de manifestations d'agriculteurs, à la fin des années 1990, que leur tenue a été renforcée. Un fonctionnaire avait été blessé à l'épaule par un crochet de boucher.
Souvenons-nous du Parlement de Rennes détruit par les flammes en 1994 par les marins-pêcheurs, et des bâtiments publics régulièrement dégradés partout en France.
Quand il s'agit de lutter contre les violences en
banlieue, Sarkozy met le paquet, mais face aux "pères de famille désespérés",
une invitation à la
baston est un peu court.
Nicolas Sarkozy doit tempérer ses pulsions s'il ne veut pas avoir à payer les conséquences de drames dans le rangs de ses policiers à cause de "violences légitimes" de ces "vrais gens" qu'il drague tant.