Kadhafi jure que Sarkozy ne lui a pas parlé de droits de l'Homme. L'Elysée doit démentir. Avec en plus deux petites phrases sur le Darfour et Israël, Kadhafi a-t-il choisi de provoquer?
Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy sur le perron de l'Elysée, lundi 10 décembre
AP/Francois Mori
L'interview de
Kadhafi qui a créé la polémique mardi après-midi est une exclusivité du JT de 20 heures de France 2.
Elle a créé un nouveau rebondissement dans la visite controversée du leader libyen, dont
l'invitation à l'Assemblée nationale
avait déjà suscité un boycott de la gauche et des grincements de dents à droite.
La nouveauté, c'est que
Mouammar Kadhafi semble jeter lui-même de l'huile sur le feu: il contredit son hôte
Sarkozy et se permet des petits affronts, dans le discours qu'il a donné devant quelques députés.
Premier affront de Kadhafi: sur les droits de l'Homme
Interrogé sur le fait que M. Sarkozy avait indiqué avoir demandé au dirigeant libyen de "progresser sur le sujet des droits de l'Homme", celui-ci a clairement répondu: "Tout d'abord nous n'avons pas évoqué moi et le président Sarkozy ces sujets." C'est dans un extrait l'interview à France 2, diffusé à la mi-journée.
Immédiatement, l'Elysée a démenti les propos de Kadhafi. "Le président Sarkozy a parlé des droits de l'Homme à Mouammar Kadhafi, à deux reprises, lors de leur entretien puis du dîner" insisté Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, lundi en début d'après-midi.
"J'en ai été le témoin", a-t-il affirmé.
Lundi, Sarkozy avait indiqué lundi avoir abordé les droits de l'Homme lors de son premier entretien avec le dirigeant libyen, lors d'un point presse à l'Elysée.
"Qui dit la vérité ?" s'insurge un socialiste. "Nous avons le droit, nous à l'Assemblée nationale, d'exiger la vérité", s'est indigné Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes et président du groupe socialiste à l'Assemblée. a-t-il déclaré, se demandant : "Pour monsieur Sarkozy, peut-être que seule compte aujourd'hui la signature de contrats commerciaux et militaires ?"
Tian, l'internaute du Post, appellait ça
le jeu du menteur.
Deuxième affront de Kadhafi: sur le Darfour
"Cet intérêt que le monde porte au Darfour est parti de bonnes intentions mais est contraire à ce qu'il voulait au départ", a déclaré le dirigeant libyen devant une trentaine de députés, mardi.
"Si nous laissons les habitants du Darfour se débrouiller eux-mêmes, la crise du Darfour se terminera d'elle-même", a-t-il dit, selon des propos traduits par un interprète.
L'Elysée a dû là aussi rectifier:
La solution au problème des réfugiés du Darfour "ne peut qu'être internationale" mais la crise elle-même doit se régler "en interne, entre tous les belligérants", a affirmé Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée.
Nicolas Sarkozy avait plaidé pour une intervention au Darfour: il y a quelques jours encore, il a affirmé qu'il ne lâchait rien sur le déploiement d'une force européenne, principalement française, prévu dans l'est du Tchad, frontalier du Darfour.
Troisième affront de Kadhafi: sur Israël-Palestine
"Il faut un seul Etat démocratique, ceux qui appellent à la création de deux
Etats veulent fuir la responsabilité de cette cause", a-t-il ajouté, dans des
propos traduits par un interprète.
"Les Palestiniens et les Israéliens sont intégrés sur le terrain", sont "mélangés" et "ce n'est pas faisable de les séparer", a-t-il poursuivi, toujours devant une trentaine de parlementaires français.
Un bémol: Kadhafi soutient l'union méditerranéenne
Toujours à l'Assemblée, Kadhafi a exprimé son "enthousiasme" pour le projet d'Union méditerranéenne lancé par son "cher ami Nicolas Sarkozy".
Une petite précision officielle de Kouchner: "on ne peut pas imaginer" de faire l'Union méditerranéenne sans Israël, a précisé mardi le ministre des affaires étrangères. On l'interrogeait sur les propos du fils de Mouammar Kadhafi, qui a parlé la semaine dernière d'exclure l'Etat hébreu du projet cher à Nicolas Sarkozy.